mercredi 20 février 2008

Interview avec Wal Fadjri

Source Wal Fadjri

Bamba NDIAYE, député : ‘J’ai une divergence insurmontable avec le président Mamadou Dia’

Malgré ‘l’admiration, le respect et la considération’ qu'il voue à Mamadou Dia qu'il a rencontré en 1983, Bamba Ndiaye a définitivement rompu les amarres avec le Grand Maodo. Le député et secrétaire général du Mouvement populaire socialiste (Mps), son nouveau parti, a fait cette révélation lors de son passage à Paris en soulignant qu’il a une ‘divergence insurmontable’ avec le président Mamadou Dia. Dans l’entretien qu'il nous accordé, le désormais ex-leader du Msu-Cap 21 – le cordon ombilical qui le liait encore à Mamadou Dia - est revenu sur la succession du président Wade, les retrouvailles entre celui-ci et Landing Savané, d’une part et Idrissa Seck, d'autre part.


Wal fadjri : Vous avez changé le nom de votre parti qui s'appelle désormais le Mouvement populaire socialiste (Mps). Pourquoi êtes-vous passé du Msu au Mps ?

Bamba Ndiaye : Nous avons trouvé que ce changement de sigle était utile pour nous distinguer. Nous avons compris que cette guéguerre qu’il y avait autour du sigle Msu nous portait beaucoup plus de préjudice qu’aux autres qui se réclament du Msu. Comme vous le savez, en 2001, il y avait eu des divergences au sein du parti. Disons qu’une minorité s’est réunie pour exclure la majorité. Nous n’avons pas voulu polémiquer, mais nous avons continué puisque nous étions majoritaires dans le secrétariat national et dans les directions nationales. Nous avons, ainsi, estimé que nous étions en droit de continuer nos activités sous le sigle de Msu. Ce que nous avons fait. Evidemment, il y a eu une petite confusion autour du sigle parce que les gens ne perçoivent pas toujours les nuances qu’il peut y avoir entre Msu-Cap 21 et Msu-Mamadou Dia. Donc, une clarification était devenue nécessaire pour permettre une bonne visibilité et une bonne identification du parti par les populations. D’ailleurs, nous avons été bien inspirés de changer de sigle puisque aujourd’hui, il y a quatre Msu, l’autre tendance s’étant divisée en quatre. Il y a un groupe qui est avec Moustapha Niasse, un groupe avec Robert Sagna, un autre groupe avec Souty Touré et un quatrième avec Abdoulaye Bathily. Donc, si nous n’avions pas changé de sigle, nous aurions été cinq tendances du Msu. Ce qui serait un peu déplorable. Pour toutes ces raisons-là, nous avons modifié le sigle du parti pour bien faire percevoir notre drapeau dans le champ politique sénégalais. Cela ne veut pas dire que nous renions notre passé, les années de collaborations avec le président Mamadou Dia. Au contraire, nous assumons tout cela. Mais, comme je l’ai dit en 2001, nous sommes dans le combat politique depuis assez longtemps. Nous sommes relativement jeunes. Nous avons un projet à construire. Nous allons nous adosser sur toute cette expérience, sans rien renier, pour apporter notre pierre à la construction du Sénégal de demain.

Wal fadjri : Vous réclamez-vous toujours du président Mamadou Dia ?

Bamba Ndiaye : J’ai l’habitude de le dire, je vous le dis encore et c’est sincère en moi : J’ai, pour Mamadou Dia, le même degré d’affection qu’en 1983 quand je le rencontrais pour la première fois et quand j’ai décidé de m’engager à ses côté. A cette époque d’ailleurs, je n’étais pas vierge politiquement. J’avais une dizaine d’années d’expériences politiques dernière moi. Mais, j’avais décidé de travailler avec lui parce que j’avais vu, en sa personne, un nationaliste sénégalais, un intellectuel très fécond qui a réfléchi sur beaucoup de problèmes africains et internationaux. J’ai vu en lui aussi un homme politique très affectif, très attaché à des normes morales. C’est tout cela qui m’a poussé à collaborer avec lui pendant presque quinze ans. Je m’en réjouis parce que je pense avoir appris auprès de cet homme exceptionnel. Mais vous savez, la vie est faite d’union et de séparation. En 2001, nous avons eu une divergence insurmontable autour de la question du référendum et des élections législatives. C’est une question de choix d’alliance. J’ai préféré, avec mes amis, rester dans la logique de l’alliance avec le Pds et les autres partis. Nous n’avons pas pensé qu’il était convenable de changer d’alliance en 2001. Il y a eu cette divergence. Il en a résulté une séparation, mais je dirais jamais du mal de Mamadou Dia. Je l’admire trop pour me permettre de le critiquer. Nous assumons notre compagnonnage avec lui, nous assumons, également, notre séparation. Mais je n’enlève rien à l’estime, à la considération, à l’admiration et à l’affection que nous avons pour lui.

Wal fadjri : Pourquoi, en tant que socialiste, avez-vous décidé de soutenir des libéraux ?

Bamba Ndiaye : Je crois que c’est un peu une fausse question. La preuve, les Français, qui nous donnaient des leçons, sont en train de s’inspirer de l’expérience sénégalaise. Vous voyez bien que les libéraux, les gaullistes, les centristes, les socialistes essaient de se retrouver, y compris au sein d’un gouvernement. Je crois que c’est une bonne évolution. De ce point de vue-là, le Sénégal a joué, peut-être, un rôle précurseur. Je ne pense pas que les références idéologiques doivent déboucher nécessairement sur des clivages politiques. Quant nous nous disons socialistes, ce n’est pas pour rejeter d’autres parce qu'ils ne le sont pas ou parce qu’ils sont des libéraux. Quand nous nous disons socialistes, nous avons des valeurs auxquelles nous croyons. Ce sont des valeurs de solidarité humaine, de justice sociale, de partage équitable des richesses produites. Nous admettons que d’autres puissent se référer à d’autres valeurs ou à ces mêmes valeurs autrement que nous. Mais je ne crois pas que ce soit des clivages politiques insurmontables. Ce qui compte, c’est de voir, par rapport à l’immédiat, si des convergences politiques fortes sont établies entre partis politiques, mais des différences idéologiques ne doivent pas les séparer. D’ailleurs, notre compagnonnage avec le Pds ne date pas de 2000, mais bien avant. C’est depuis les années 1980 dans les luttes pour la démocratie au Sénégal, contre la fraude électorale, contre l’ajustement structurel, dans les luttes pour les libertés. Cette alliance s’est poursuivie jusqu’à l’alternance. Donc, l'idéologie, c’est simplement l’inspiration pour éclairer l’action. Mais ce qui compte, c’est l’action elle-même. C’est pourquoi je dis, et ce n’est pas pour chahuter, qu’à la place de l’opposition des idéologies, maintenant on est dans l’apposition des idéologies. Je crois qu’il faut faire coexister les idéologies progressistes à l’exclusion du fascisme. Il faut s’inspirer partout pour agir convenablement au service des populations sénégalaises.

Wal fadjri : Avec la refondation en cours au Pds, il se susurre dans la presse sénégalaise que les partis de la Cap 21, dont le vôtre, pourraient se fondre dans le nouveau parti de Me Wade. Est-ce que le Mps acceptera de faire ce saut ?

Bamba Ndiaye : Nous sommes ouverts à tout ce qui peut contribuer à renforcer, à consolider, à rendre plus cohérente la mouvance dans laquelle nous sommes. Pour le reste, quand nous aurons, de façon officielle, le contenu exact de ce projet dont parle la presse, les instances appropriées de notre parti se réuniront pour donner une réponse. Pour le moment, ce que je peux vous dire, c’est que rien n'est encore enclenché, de façon officielle en tout cas. Mais, nous suivons tout ce qui se fait avec beaucoup d’intérêts.

Wal fadjri : Si la proposition vous ait faite, officiellement, allez-vous vous fondre dans le Pds ?

Bamba Ndiaye : Nous n’avons jamais exclu la possibilité de fusion avec le Pds. D’ailleurs, je peux vous dire que c’est envisager depuis 2000. Avant même la scission du Msu, l’idée d’une fusion avec le Pds était en discussion dans nos rangs. Maintenant, après la scission, nous avons continué nos activités pour renforcer notre partie. Si, demain, d’autres interpellations sont là, nous aviserons. En tout cas, nous ne sommes pas fermés, nous ne sommes pas dans un schéma immuable. Nous sommes tout à fait ouvert. On verra bien parce que ce sont des questions qui sont un peu devant nous et je ne veux pas anticiper.

Wal fadjri : L’autre débat au Sénégal, c’est la question de la succession du président Wade. De plus en plus, on prête au chef de l’Etat l'intention de se faire succéder par son fils, Karim Wade. Quelle est la position de votre parti ?

Bamba Ndiaye : Ces accusations ne sont pas nouvelles. Il y a certains Sénégalais qui, depuis l’an 2000, ont eu cette idée pernicieuse de décrire le président Wade sous le trait d’un monarque. Evidemment, leur imagination étant intarissable, ils arrivent, à chaque fois, à trouver quelque chose. Ce qu’ils ont trouvé ces derniers temps, c’est de dire : ‘Le président Wade est un monarque et la preuve, il veut transmettre le pouvoir à son fils.’ Mais, ce ne sont que des spéculations parce que le président Wade a dit clairement qu’il n’a pas de dauphin et qu’il n’en cherchait pas. Deuxièmement, nous sommes dans un système démocratique et républicain. Le pouvoir se donne par les urnes. Et il est évident que le successeur du président Wade, qui qu’il soit, ne peut sortir que des urnes. Donc, il sera désigné non pas par le président Wade, mais par le peuple sénégalais dans sa majorité. Cela est très clair. Je crois que ce sont des spéculations inscrites dans cette stratégie de diabolisation du président Wade adoptée par certains secteurs de l’opposition. Et puis, c'est trop tôt pour parler de succession. Le président Wade est élu il y a juste quelques mois et il en a pour cinq ans. Je crois que la priorité immédiate, c’est de l’appuyer pour qu’il puisse réaliser les différents projets qu’il a annoncés. En 2012, il me semble que l’enjeu n’est pas du tout de savoir si c’est Mademba ou Massamba qui va être président du Sénégal. Je vois les choses autrement. En l’an 2000, il y a eu une rupture dans notre évolution politique. On est sorti de quarante ans de manque d’ambition, d’immobilisme, d’échec. On est entré dans une nouvelle dynamique où le Sénégal se donne des ambitions élevées, se bat pour les réaliser. On ne réussit pas toujours, mais le régime de l’alternance a réussi des choses. Et tous les Sénégalais en sont témoin. Cette nouvelle dynamique enclenchée par le président Wade doit rester avec ou sans lui.

Wal fadjri : Etes-vous prêt à soutenir une candidature de Karim Wade à la présidence de la République ?

Bamba Ndiaye : Pourquoi demandez-vous cela ? Pourquoi ne demandez-vous pas si je ne suis prêt à soutenir une candidature de Bamba Ndiaye ? C’est cela la réponse !

Wal fadjri : C’est parce que vous avez dit que dans la dynamique de l’alternance, il n’est pas exclu que Wade ou un autre se porte candidat. Donc cet autre peut être Karim, Iba Der Thiam, Djibo Kâ comme cela peut être Bamba Ndiaye…

Bamba Ndiaye : (Il coupe). Pour l’instant, nous ne parlons pas de candidature. Nous parlons de projet collectif à élaborer, à mettre en place.

Wal fadjri : Mais, justement, qui doit porter un tel projet ?

Bamba Ndiaye : Le projet collectif doit être porté par une équipe. Cette équipe se donnera un leader. Et on verra bien.

Wal fadjri : L’autre actualité, c’est la rencontre entre le Pds et Aj/Pads. Comment appréciez-vous ces retrouvailles ?

Bamba Ndiaye : Je suis heureux que nos amis d'And Jëf aient compris que la logique politique veut qu’il reste dans la majorité dans laquelle ils étaient. Je suis très heureux qu’ils aient rencontré le président Wade. Et, apparemment, selon les informations parues dans la presse, ils évoquent la perspective de reconstruire leur partenariat avec le Pds, leur permettant de reprendre leur place dans la majorité. J’ai toujours pensé que la place naturelle d'And Jëf est dans la majorité et non dans l’opposition.

Wal fadjri : Et celle de Rewmi d'Idrissa Seck que le président de la République a aussi rencontré ?

Bamba Ndiaye : Rewmi, c’est une dissidence du Pds. Si le président Wade prend des initiatives pour réunir sa famille, on ne peut que saluer sa démarche et l’encourager. Maintenant, quel résultat cela va-t-il donner ? On verra cela dans le futur.

Wal fadjri : Pensez-vous que la cohabitation entre Idrissa Seck et les autres partis de la Cap 21 sera facile ?

Bamba Ndiaye : Il était au Pds, donc nous étions ensemble dans la majorité. A un moment donné, il a fait dissidence et a rejoint l’opposition. Il s’est retrouvé dans une position d’adversaire. Et on l’a traité comme tel. On s’est assumé. On est allé aux élections et le peuple sénégalais nous a donné la majorité. Maintenant, s’il change de fusil d’épaule, je trouve que c’est très bien. La vocation de la majorité n’est pas de rester fermer sur elle-même, mais de s’ouvrir à tous ceux qui peuvent y apporter leur contribution. Tous ceux qui sont dans la majorité et qui ont mené ce combat sont des hommes d’expériences qui savent gérer toutes les situations. De ce point de vue-là, il n’y a aucune inquiétude à se faire.

Propos recueillis par Moustapha BARRY

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