mercredi 20 février 2008

Conférence, assises ou concertations nationales ?

Conférence, assises ou concertations nationales ?

Ainsi donc, certaines composantes du Front Siggil Sénégal (FSS) ont enfin compris la nécessité de définir clairement le contenu et les objectifs des assises nationales dont il propose la convocation depuis plusieurs mois. En effet, jusqu'ici, la démarche de FSS n'avait réussi qu'à dérouter la plupart des observateurs tant les justifications de cette proposition étaient floues et les objectifs poursuivis aériens. Le sentiment était réel que les leaders de FSS ne prenaient pas tellement au sérieux leur proposition et qu'ils étaient juste en train de brandir un slogan comme pour éviter de tirer le bilan de leur « tactique » suicidaire de boycott des législatives du 3 juin dernier ou différer des décisions à prendre à propos des élections locales prévues dans moins d'un an.



Conférence, assises ou concertations nationales ?
Par Mamadou Bamba Ndiaye

Après quelques rencontres avec des organisations de la société civile et autres ambassades étrangères, il était évident que FSS ne pouvait plus poursuivre son initiative sans définir le contenu de ces assises nationales. En ont-ils parlé à l'interne ? Y a-t-il eu des divergences ? Le secret est bien gardé jusqu'ici.



Cependant, des divergences publiques se sont manifestées. Passons sur le communiqué de la coalition Alternative 2007 définissant les assises nationales comme « une révolution intelligente pour faire partir Wade ». Il le faut bien puisque le leader de cette coalition n'a pas cru devoir assumer un élan révolutionnaire aussi tardif. Le leader du Rta/S, auquel on peut tout reprocher sauf de manquer de suite dans les idées, ne rate, lui, aucune occasion de décliner l'objectif de « faire partir Wade » comme finalité de ces assises. Les autres gardent un silence têtu sur cette question décisive, s'ils n'abreuvent pas les journaux de dénégations récusant toute intention « subversive » de FSS. Si des assises nationales proposées dans un contexte aussi apocalyptique que celui décrit par FSS n'ont aucune visée « subversive », mieux vaut « sawi te tëri », pour ne pas dire aller se coucher tranquillement.

A réfléchir sur les considérations qui précèdent, il apparaît nettement que l'incohérence de la proposition de FSS vient de ce qu'elle pose un (faux) problème sans toutefois oser le trancher. Sa démarche ne peut donc que rester suspendue. FSS conteste aussi bien la présidentielle que les législatives. Il dénie toute légitimité aux institutions qui en sont issues. Il estime que l'économie du pays est dans un gouffre insondable. Dans ces conditions, les assises nationales qu'il propose comme panacée ne devraient sérieusement pas viser autre chose que la mise sur pied de nouvelles institutions pour appliquer de nouvelles politiques. C'est ce qu'ont fait toutes les conférences nationales tenues en Afrique dans les années 90 : prendre le pouvoir et imposer des décisions, dans une démarche certes « subversive » mais profondément démocratique. Evitant cette démarche que nul ne saurait envisager dans le contexte actuel du Sénégal, FSS ne présente aucune alternative. Car si des assises nationales s'interdisent de créer un pouvoir de fait, leur vocation ne peut être que de proposer des recommandations à appliquer par le pouvoir démocratiquement élu. Soit seul soit à travers un gouvernement d'union nationale. C'est cette démarche qu'avait explicitement choisie Bokk Sopi Sénégal (BSS) en initiant une Concertation nationale en 1994. Le premier secrétaire du Ps semble être tenté de s'en inspirer mais, là aussi, il s'arrête à mi chemin et préfère noyer le poisson en déclarant que les résultats des assises « seront toujours utiles au pouvoir ou à l'opposition », ce qui est la preuve par quatre que FSS ne sait pas encore quoi en faire.

Quand Tanor noie le poisson

Cette question de l'applicabilité des décisions d'éventuelles assises nationales serait cependant la dernière à examiner selon un critère chronologique. La première étant celle de la convocation de ces assises. Qui doit convoquer qui ? A cette question aussi FSS n'apporte aucune réponse claire. Va-t-il prendre la responsabilité de convoquer ? Au nom de quelle légitimité ? Va-t-il le faire en association avec des organisations syndicales et civiles qui partageraient sa démarche ? Compte-t-il demander au chef de l'Etat de prendre l'initiative de cette convocation ? On ne sait. Pourtant, ces questions ne sont pas neutres. La nature des assises proposées en dépend fortement. Si, comme certains leaders de FSS ont pu le dire, aussi bien l'Etat que les partis de la majorité sont exclus a priori des discussions (1), les assises ne pourraient faire autre chose que constituer un FSS élargi autour d'un programme concerté en prévision des consultations électorales de 2012. Mais avec quel candidat ? Dans cette optique, ces assises ne seraient plus nationales. Et les organisations officiellement non partisanes qui y participeraient seraient confrontées à une gêne certaine. C'est peut-être pour leur éviter ce piège que le Président Mamadou Dia, qui est incontestablement le théoricien et le précurseur de la méthode des conférences nationales, a conseillé aux leaders de FSS d'initier au préalable des actions populaires d'envergure aptes à convaincre le pouvoir de souscrire à leur projet. Sage précaution, qui ne rencontre cependant jusqu'ici d'autre écho que le silence embarrassé mais « intelligent » des leaders de FSS qui connaissent bien les limites de leur capacité de mobilisation et de leur crédibilité aux yeux des Sénégalais.

En vérité, les leaders de FSS ne comptent nullement sur l'appui du peuple sénégalais pour arriver à leurs fins. Sinon, à défaut d'une grève générale, ils auraient au moins tenté d'organiser un meeting national à l'appui de leur démarche. Le ton jubilatoire de M. Ousmane Tanor Dieng, annonçant au sortir d'une rencontre avec la délégation de l'Ue, l'éventualité de « sanctions européennes sévères contre le Sénégal » montre bien qu'ils regardent ailleurs et espèrent d'ailleurs la courte échelle dont ils rêvent. M. Dieng était si heureux qu'il s'est autorisé une référence inappropriée à une certaine situation togolaise, … comme si quelqu'un était mort au Sénégal. On comprend donc le dépit qui s'est emparé de certains après la conférence de presse des experts de la Banque mondiale qui ont diagnostiqué une relative bonne santé de l'économie sénégalaise, réduisant ainsi à néant l'effet des campagnes acharnées de dénigrement dont les leaders de FSS se font les champions depuis quelques années. Acharnement dans le dénigrement de son propre pays : voilà l'activité favorite de ceux qui prétendent détenir le monopole du patriotisme. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.

La concertation, une exigence de la bonne gouvernance

Je crois avoir soulevé dans les lignes qui précèdent quelques questions de fond dont l'examen devrait convaincre que les assises nationales proposées par FSS sont, proprement, sans objet : un slogan creux, une tentative de diversion, une manœuvre électoraliste à peine voilée et pas plus. Mais je ne crois pas que le débat doive en rester là. En effet, il me semble que la ligne de radicalisation outrancière adoptée par FSS depuis ses déroutes de février et juin dernier tend à éloigner de nos esprits deux exigences majeures. La première est relative au dialogue politique qui est et doit rester une évidence dans une démocratie majeure comme celle du Sénégal. La dramatisation mise en scène par FSS autour d'une banale demande d'audience adressée au chef de l'Etat n'a pas d'autre fonction que de créer un contexte favorable à une entreprise de discrédit de la pratique de la démocratie au Sénégal. Le président Wade a toujours reçu l'opposition et on ne voit pourquoi il devrait s'en priver à l'avenir.

L'autre exigence, plus fondamentale, est liée à l'utilité d'une concertation permanente et institutionnalisée avec les forces vives de la nation. Le gouvernement ne peut que gagner à partager ses décisions, de la phase d'élaboration à celles de la mise en œuvre et de l'évaluation, avec tous les partenaires sociaux impliqués dans les divers secteurs de son activité. La meilleure des décisions peut produire le pire des résultats quand elle est parachutée et non partagée. De gros efforts restent à faire dans ce domaine crucial. Il est évident par exemple que les initiatives prises par le gouvernement pour juguler la hausse des prix des denrées de consommation populaire produiraient davantage de résultats concrets et visibles si, en plus des associations de commerçants et de consommateurs, les syndicats ainsi que les organisations de femmes et de jeunes étaient associés à leur élaboration et à leur mise en œuvre. Bien informées, ces derniers pourraient jouer leur partition sur le terrain et contribuer, par divers moyens, au respect effectif par tous des décisions prises ensemble. La même démarche s'impose devant la crise de l'enseignement supérieur, le marasme du secteur de l'énergie ou le drame du chômage des jeunes, entre autres défis qui nous interpellent gravement en ce moment.

L'ère de la toute-puissance de l'administration est révolue et les citoyens ne veulent plus être des consommateurs passifs de décisions prises entre quatre murs en leur nom et pour leur compte mais sans leur avis. Un recours systématique à de larges concertations nationales sectorielles ne pourrait que réduire les déficits de communication déplorés, favoriser l'adhésion des populations aux décisions prises et accroître l'efficacité de l'action gouvernementale. Elle ferait également droit à une demande sociale pressante d'information, de concertation, de transparence et de contrôle efficient de l'action publique. C'est cela l'esprit de la bonne gouvernance. Mais cela n'enthousiasmera certainement pas les leaders de FSS qui réclament des assises nationales pour palabrer sur tout… c'est-à-dire sur rien.

(1) Le Premier secrétaire du PS vient d'y mettre un bémol en souhaitant publiquement la participation du gouvernement aux assises. Dans ces conditions, qu'attend FSS pour demander une rencontre avec la Cap 21 et la Coalition Sopi ?

Mamadou Bamba NDIAYE

Député à l'assemblée nationale

Secrétaire général du Mps/Selal

BP 12387, Dakar Colobane

DAKAR

Mercredi 05 Septembre 2007

Interview avec Wal Fadjri

Source Wal Fadjri

Bamba NDIAYE, député : ‘J’ai une divergence insurmontable avec le président Mamadou Dia’

Malgré ‘l’admiration, le respect et la considération’ qu'il voue à Mamadou Dia qu'il a rencontré en 1983, Bamba Ndiaye a définitivement rompu les amarres avec le Grand Maodo. Le député et secrétaire général du Mouvement populaire socialiste (Mps), son nouveau parti, a fait cette révélation lors de son passage à Paris en soulignant qu’il a une ‘divergence insurmontable’ avec le président Mamadou Dia. Dans l’entretien qu'il nous accordé, le désormais ex-leader du Msu-Cap 21 – le cordon ombilical qui le liait encore à Mamadou Dia - est revenu sur la succession du président Wade, les retrouvailles entre celui-ci et Landing Savané, d’une part et Idrissa Seck, d'autre part.


Wal fadjri : Vous avez changé le nom de votre parti qui s'appelle désormais le Mouvement populaire socialiste (Mps). Pourquoi êtes-vous passé du Msu au Mps ?

Bamba Ndiaye : Nous avons trouvé que ce changement de sigle était utile pour nous distinguer. Nous avons compris que cette guéguerre qu’il y avait autour du sigle Msu nous portait beaucoup plus de préjudice qu’aux autres qui se réclament du Msu. Comme vous le savez, en 2001, il y avait eu des divergences au sein du parti. Disons qu’une minorité s’est réunie pour exclure la majorité. Nous n’avons pas voulu polémiquer, mais nous avons continué puisque nous étions majoritaires dans le secrétariat national et dans les directions nationales. Nous avons, ainsi, estimé que nous étions en droit de continuer nos activités sous le sigle de Msu. Ce que nous avons fait. Evidemment, il y a eu une petite confusion autour du sigle parce que les gens ne perçoivent pas toujours les nuances qu’il peut y avoir entre Msu-Cap 21 et Msu-Mamadou Dia. Donc, une clarification était devenue nécessaire pour permettre une bonne visibilité et une bonne identification du parti par les populations. D’ailleurs, nous avons été bien inspirés de changer de sigle puisque aujourd’hui, il y a quatre Msu, l’autre tendance s’étant divisée en quatre. Il y a un groupe qui est avec Moustapha Niasse, un groupe avec Robert Sagna, un autre groupe avec Souty Touré et un quatrième avec Abdoulaye Bathily. Donc, si nous n’avions pas changé de sigle, nous aurions été cinq tendances du Msu. Ce qui serait un peu déplorable. Pour toutes ces raisons-là, nous avons modifié le sigle du parti pour bien faire percevoir notre drapeau dans le champ politique sénégalais. Cela ne veut pas dire que nous renions notre passé, les années de collaborations avec le président Mamadou Dia. Au contraire, nous assumons tout cela. Mais, comme je l’ai dit en 2001, nous sommes dans le combat politique depuis assez longtemps. Nous sommes relativement jeunes. Nous avons un projet à construire. Nous allons nous adosser sur toute cette expérience, sans rien renier, pour apporter notre pierre à la construction du Sénégal de demain.

Wal fadjri : Vous réclamez-vous toujours du président Mamadou Dia ?

Bamba Ndiaye : J’ai l’habitude de le dire, je vous le dis encore et c’est sincère en moi : J’ai, pour Mamadou Dia, le même degré d’affection qu’en 1983 quand je le rencontrais pour la première fois et quand j’ai décidé de m’engager à ses côté. A cette époque d’ailleurs, je n’étais pas vierge politiquement. J’avais une dizaine d’années d’expériences politiques dernière moi. Mais, j’avais décidé de travailler avec lui parce que j’avais vu, en sa personne, un nationaliste sénégalais, un intellectuel très fécond qui a réfléchi sur beaucoup de problèmes africains et internationaux. J’ai vu en lui aussi un homme politique très affectif, très attaché à des normes morales. C’est tout cela qui m’a poussé à collaborer avec lui pendant presque quinze ans. Je m’en réjouis parce que je pense avoir appris auprès de cet homme exceptionnel. Mais vous savez, la vie est faite d’union et de séparation. En 2001, nous avons eu une divergence insurmontable autour de la question du référendum et des élections législatives. C’est une question de choix d’alliance. J’ai préféré, avec mes amis, rester dans la logique de l’alliance avec le Pds et les autres partis. Nous n’avons pas pensé qu’il était convenable de changer d’alliance en 2001. Il y a eu cette divergence. Il en a résulté une séparation, mais je dirais jamais du mal de Mamadou Dia. Je l’admire trop pour me permettre de le critiquer. Nous assumons notre compagnonnage avec lui, nous assumons, également, notre séparation. Mais je n’enlève rien à l’estime, à la considération, à l’admiration et à l’affection que nous avons pour lui.

Wal fadjri : Pourquoi, en tant que socialiste, avez-vous décidé de soutenir des libéraux ?

Bamba Ndiaye : Je crois que c’est un peu une fausse question. La preuve, les Français, qui nous donnaient des leçons, sont en train de s’inspirer de l’expérience sénégalaise. Vous voyez bien que les libéraux, les gaullistes, les centristes, les socialistes essaient de se retrouver, y compris au sein d’un gouvernement. Je crois que c’est une bonne évolution. De ce point de vue-là, le Sénégal a joué, peut-être, un rôle précurseur. Je ne pense pas que les références idéologiques doivent déboucher nécessairement sur des clivages politiques. Quant nous nous disons socialistes, ce n’est pas pour rejeter d’autres parce qu'ils ne le sont pas ou parce qu’ils sont des libéraux. Quand nous nous disons socialistes, nous avons des valeurs auxquelles nous croyons. Ce sont des valeurs de solidarité humaine, de justice sociale, de partage équitable des richesses produites. Nous admettons que d’autres puissent se référer à d’autres valeurs ou à ces mêmes valeurs autrement que nous. Mais je ne crois pas que ce soit des clivages politiques insurmontables. Ce qui compte, c’est de voir, par rapport à l’immédiat, si des convergences politiques fortes sont établies entre partis politiques, mais des différences idéologiques ne doivent pas les séparer. D’ailleurs, notre compagnonnage avec le Pds ne date pas de 2000, mais bien avant. C’est depuis les années 1980 dans les luttes pour la démocratie au Sénégal, contre la fraude électorale, contre l’ajustement structurel, dans les luttes pour les libertés. Cette alliance s’est poursuivie jusqu’à l’alternance. Donc, l'idéologie, c’est simplement l’inspiration pour éclairer l’action. Mais ce qui compte, c’est l’action elle-même. C’est pourquoi je dis, et ce n’est pas pour chahuter, qu’à la place de l’opposition des idéologies, maintenant on est dans l’apposition des idéologies. Je crois qu’il faut faire coexister les idéologies progressistes à l’exclusion du fascisme. Il faut s’inspirer partout pour agir convenablement au service des populations sénégalaises.

Wal fadjri : Avec la refondation en cours au Pds, il se susurre dans la presse sénégalaise que les partis de la Cap 21, dont le vôtre, pourraient se fondre dans le nouveau parti de Me Wade. Est-ce que le Mps acceptera de faire ce saut ?

Bamba Ndiaye : Nous sommes ouverts à tout ce qui peut contribuer à renforcer, à consolider, à rendre plus cohérente la mouvance dans laquelle nous sommes. Pour le reste, quand nous aurons, de façon officielle, le contenu exact de ce projet dont parle la presse, les instances appropriées de notre parti se réuniront pour donner une réponse. Pour le moment, ce que je peux vous dire, c’est que rien n'est encore enclenché, de façon officielle en tout cas. Mais, nous suivons tout ce qui se fait avec beaucoup d’intérêts.

Wal fadjri : Si la proposition vous ait faite, officiellement, allez-vous vous fondre dans le Pds ?

Bamba Ndiaye : Nous n’avons jamais exclu la possibilité de fusion avec le Pds. D’ailleurs, je peux vous dire que c’est envisager depuis 2000. Avant même la scission du Msu, l’idée d’une fusion avec le Pds était en discussion dans nos rangs. Maintenant, après la scission, nous avons continué nos activités pour renforcer notre partie. Si, demain, d’autres interpellations sont là, nous aviserons. En tout cas, nous ne sommes pas fermés, nous ne sommes pas dans un schéma immuable. Nous sommes tout à fait ouvert. On verra bien parce que ce sont des questions qui sont un peu devant nous et je ne veux pas anticiper.

Wal fadjri : L’autre débat au Sénégal, c’est la question de la succession du président Wade. De plus en plus, on prête au chef de l’Etat l'intention de se faire succéder par son fils, Karim Wade. Quelle est la position de votre parti ?

Bamba Ndiaye : Ces accusations ne sont pas nouvelles. Il y a certains Sénégalais qui, depuis l’an 2000, ont eu cette idée pernicieuse de décrire le président Wade sous le trait d’un monarque. Evidemment, leur imagination étant intarissable, ils arrivent, à chaque fois, à trouver quelque chose. Ce qu’ils ont trouvé ces derniers temps, c’est de dire : ‘Le président Wade est un monarque et la preuve, il veut transmettre le pouvoir à son fils.’ Mais, ce ne sont que des spéculations parce que le président Wade a dit clairement qu’il n’a pas de dauphin et qu’il n’en cherchait pas. Deuxièmement, nous sommes dans un système démocratique et républicain. Le pouvoir se donne par les urnes. Et il est évident que le successeur du président Wade, qui qu’il soit, ne peut sortir que des urnes. Donc, il sera désigné non pas par le président Wade, mais par le peuple sénégalais dans sa majorité. Cela est très clair. Je crois que ce sont des spéculations inscrites dans cette stratégie de diabolisation du président Wade adoptée par certains secteurs de l’opposition. Et puis, c'est trop tôt pour parler de succession. Le président Wade est élu il y a juste quelques mois et il en a pour cinq ans. Je crois que la priorité immédiate, c’est de l’appuyer pour qu’il puisse réaliser les différents projets qu’il a annoncés. En 2012, il me semble que l’enjeu n’est pas du tout de savoir si c’est Mademba ou Massamba qui va être président du Sénégal. Je vois les choses autrement. En l’an 2000, il y a eu une rupture dans notre évolution politique. On est sorti de quarante ans de manque d’ambition, d’immobilisme, d’échec. On est entré dans une nouvelle dynamique où le Sénégal se donne des ambitions élevées, se bat pour les réaliser. On ne réussit pas toujours, mais le régime de l’alternance a réussi des choses. Et tous les Sénégalais en sont témoin. Cette nouvelle dynamique enclenchée par le président Wade doit rester avec ou sans lui.

Wal fadjri : Etes-vous prêt à soutenir une candidature de Karim Wade à la présidence de la République ?

Bamba Ndiaye : Pourquoi demandez-vous cela ? Pourquoi ne demandez-vous pas si je ne suis prêt à soutenir une candidature de Bamba Ndiaye ? C’est cela la réponse !

Wal fadjri : C’est parce que vous avez dit que dans la dynamique de l’alternance, il n’est pas exclu que Wade ou un autre se porte candidat. Donc cet autre peut être Karim, Iba Der Thiam, Djibo Kâ comme cela peut être Bamba Ndiaye…

Bamba Ndiaye : (Il coupe). Pour l’instant, nous ne parlons pas de candidature. Nous parlons de projet collectif à élaborer, à mettre en place.

Wal fadjri : Mais, justement, qui doit porter un tel projet ?

Bamba Ndiaye : Le projet collectif doit être porté par une équipe. Cette équipe se donnera un leader. Et on verra bien.

Wal fadjri : L’autre actualité, c’est la rencontre entre le Pds et Aj/Pads. Comment appréciez-vous ces retrouvailles ?

Bamba Ndiaye : Je suis heureux que nos amis d'And Jëf aient compris que la logique politique veut qu’il reste dans la majorité dans laquelle ils étaient. Je suis très heureux qu’ils aient rencontré le président Wade. Et, apparemment, selon les informations parues dans la presse, ils évoquent la perspective de reconstruire leur partenariat avec le Pds, leur permettant de reprendre leur place dans la majorité. J’ai toujours pensé que la place naturelle d'And Jëf est dans la majorité et non dans l’opposition.

Wal fadjri : Et celle de Rewmi d'Idrissa Seck que le président de la République a aussi rencontré ?

Bamba Ndiaye : Rewmi, c’est une dissidence du Pds. Si le président Wade prend des initiatives pour réunir sa famille, on ne peut que saluer sa démarche et l’encourager. Maintenant, quel résultat cela va-t-il donner ? On verra cela dans le futur.

Wal fadjri : Pensez-vous que la cohabitation entre Idrissa Seck et les autres partis de la Cap 21 sera facile ?

Bamba Ndiaye : Il était au Pds, donc nous étions ensemble dans la majorité. A un moment donné, il a fait dissidence et a rejoint l’opposition. Il s’est retrouvé dans une position d’adversaire. Et on l’a traité comme tel. On s’est assumé. On est allé aux élections et le peuple sénégalais nous a donné la majorité. Maintenant, s’il change de fusil d’épaule, je trouve que c’est très bien. La vocation de la majorité n’est pas de rester fermer sur elle-même, mais de s’ouvrir à tous ceux qui peuvent y apporter leur contribution. Tous ceux qui sont dans la majorité et qui ont mené ce combat sont des hommes d’expériences qui savent gérer toutes les situations. De ce point de vue-là, il n’y a aucune inquiétude à se faire.

Propos recueillis par Moustapha BARRY

DEBAT SUR LES APE :

Débat sur les APE : Les grosses ficelles de Bruxelles


L’importance et la gravité de la question des Ape ne peuvent être mieux perçues qu’à travers les grosses ficelles dont certains responsables européens usent et abusent pour dérouter l’opinion africaine.

Le Soleil (Dakar) | samedi 12 janvier 2008

DEBAT SUR LES APE : Les grosses ficelles de Bruxelles

La mobilisation massive de la Société civile sénégalaise, répondant à l’appel du président Wade, pour organiser la résistance contre les Ape, est une nouvelle encourageante pour tous les patriotes. Elle administre la preuve de notre capacité à prendre en charge collectivement les intérêts des peuples africains. L’importance et la gravité de cette question des Ape ne peuvent être mieux perçues qu’à travers les grosses ficelles dont certains responsables européens usent et abusent pour dérouter l’opinion africaine.

D’abord, les Ape seraient, selon eux, une conséquence inévitable des accords de l’Omc. Le commissaire européen Louis Michel, intervenant sur les ondes de Rfi le 10 décembre dernier, a affirmé que les Ape sont « obligatoirement la conséquence d’une décision de l’Organisation mondiale du commerce ».

L’Ue, championne du monde de la violation des règles de l’Omc

Nul n’est pourtant moins bien que placée que l’Ue pour se poser en avocate du respect des règles de cette organisation. Il est de notoriété publique par exemple qu’elle ne respecte pas les délais fixés par l’Omc pour la notification des subventions accordées à leur agriculture. Au contraire, l’Ue accuse à ce sujet un retard de quatre ans qui lui a permis d’adapter ses politiques de soutien à l’agriculture (plus connues sous le nom de Politique agricole commune) afin de maintenir des subventions massives, tout en échappant aux poursuites prévues par l’Omc !

Concrètement, cela lui a permis, en 2005, de dépenser 1,43 milliard d’euros en subventions à l’exportation pour le lait et les produits laitiers, ce qui a contribué à la paupérisation des éleveurs dans certains des pays les plus pauvres du monde.

Il est également établi que l’Ue porte une grande responsabilité dans le blocage actuel des négociations commerciales de l’Omc dites « Cycle de Doha pour le développement ». Elle refuse la remise en cause des avantages commerciaux dont elle dispose. Elle veut avancer au pas de charge pour obtenir, avec les Ape, de nouveaux avantages résultant de l’annexion pure et simple des économies africaines. Il ne s’agit pas de le leur reprocher.

Mais avouons qu’il y a de quoi s’interroger quand la championne du monde de la violation des règles de l’Omc appelle au respect « obligatoire » de ces mêmes règles !

Il s’y ajoute que, contrairement aux affirmations de M. Michel, les accords de l’Omc n’imposent nullement une réciprocité commerciale « obligatoire ». Au contraire, l’article 5 de la « Clause d’habilitation », qui est partie intégrante des accords, dispose que : « les pays développés n’attendent pas de réciprocité pour les engagements, pris par eux au cours de négociations commerciales, de réduire ou d’éliminer les droits de douane et autres obstacles au commerce des pays en voie de développement, c’est-à-dire que les pays développés n’attendent pas des pays en voie de développement qu’ils apportent, au cours de négociations commerciales, des contributions incompatibles avec les besoins du développement, des finances et du commerce de chacun de ces pays ».

Il apparaît ainsi que les règles de l’Omc disent exactement le contraire de ce que prétendent les responsables européens ! M. Michel, qui est ainsi pris en flagrant délit de tricherie et de tripatouillage, n’est pas au bout de ses peines.

De nombreux pays européens, conscients de la force de la mobilisation des Etats et des peuples africains contre les Ape, envisagent en effet de revoir leur position sur la question.

Une véritable déclaration de guerre économique et sociale

Déjà, en mars 2005, le gouvernement anglais avait publiquement appelé l’Ue à proposer une modification des textes de l’Omc « en vue de réduire les exigences de réciprocité et de se recentrer davantage sur les priorités du développement ».

En juillet 2006, c’était autour de l’Assemblée nationale française d’adopter un rapport prédisant que les négociations sur les Ape allaient « droit à l’échec ».

Ce même rapport dénonçait avec véhémence les commissaires européens : « Si la Commission persiste, l’Europe commettra une erreur politique, tactique, économique et géostratégique. (...) Pouvons-nous vraiment prendre la responsabilité de conduire l’Afrique, qui abritera, dans quelques années, le plus grand nombre de personnes vivant avec moins de un dollar par jour, vers davantage de chaos, sous couvert de respecter les règles de l’Omc ? Croit-on que ce chaos se limitera à l’Afrique ? »

Enfin, le rapport propose clairement de « donner un nouveau mandat de négociations à la Commission » européenne au sujet des Ape.

Il n’est pas utile de s’étendre ici sur les causes et les conséquences dramatiques des Ape. On sait suffisamment que le projet est né non pas de l’adoption des règles de l’Omc mais de l’expiration des Accords de Cotonou. Que l’Europe veut nous imposer dans le cadre des Ape, ce qu’elle refuse d’accepter dans ses relations avec le reste du monde, la Chine notamment. Que les gouvernements africains vont perdre une part substantielle de leurs recettes douanières et fiscales mais aussi et surtout le contrôle des leviers devant promouvoir notre développement.

Que nos producteurs, nos paysans en particulier, seront soumis à la concurrence directe et ruineuse de produits européens fortement subventionnés. Qu’au Sénégal les producteurs locaux de riz, d’oignons, de poulets, d’œufs, de produits laitiers, etc., iront rejoindre la masse des chômeurs, sans compter les pertes d’emploi résultant du démantèlement de notre tissu industriel.

L’Union européenne ne peut nier tous ces inconvénients qui équivalent à une véritable déclaration de guerre économique et sociale. C’est pourquoi elle promet d’y remédier. Au cours de son intervention sur Rfi, M. Louis Michel a annoncé que l’Ue a « prévu de doubler les fonds régionaux pour éventuellement compenser la perte fiscale née de la suppression tarifaire » postulée par les Ape.

On l’aurait sans doute cru sur parole si l’Ue n’avait pas fini de démontrer la légèreté avec laquelle elle gère ses engagements les plus solennels. Entre 2001 et 2006, sur les 15 milliards d’euros que l’Ue avait promis de verser aux pays Acp, seuls 28% avaient été effectivement décaissés. Pour la période 1995-2000, 14,6 milliards d’euros étaient promis. Le décaissement n’avait commencé qu’en 1997 et seuls 20% de ce montant avaient été versés au bout du compte.

Dépasser en toute grandeur les crispations partisanes

On le voit : l’enjeu est vital. La détermination de la Commission de l’Ue, dont l’action est pilotée par les cercles les plus conservateurs de la Droite européenne, est significative. De leur côté aussi, il s’agit d’un enjeu de survie devant les coups de boutoir des nouveaux pays émergeant sur la scène commerciale internationale.

N’acceptons pas cependant de nous placer sur une position défensive. Ce n’est quand même pas cette Europe-là, vieillie et déclinante, qui va nous recoloniser ou nous réduire à l’esclavage ! De ce point de vue, les Ape, qui apparaissent comme une manœuvre désespérée visant à inverser la roue de l’histoire, ouvrent plutôt, pour les pays africains, une ère riche de promesses nouvelles.

Ils doivent nous permettre de sortir enfin du cercle vicieux de la politique politicienne et de l’exaltation de nos rivalités et querelles intestines. Ils nous somment d’unir toutes nos forces sans exception et interpellent ainsi, en particulier, une frange de nos compatriotes, parmi lesquels les dirigeants du Front "Siggil Sénégal", qui gardent encore le silence sur une question aussi capitale. L’heure est en effet venue de dépasser en toute grandeur les crispations partisanes pour aller au front, tous ensemble.

Au-delà de nous unir dans un combat que nous partageons avec tous les démocrates et progressistes d’Europe, l’enjeu des Ape doit également nous permettre d’exiger l’élargissement des négociations à tous les dossiers qui conditionnent notre développement.

Le premier de ces dossiers est relatif au rétablissement de notre souveraineté monétaire qui passe par le réexamen des accords conclus depuis près d’un demi-siècle avec l’ancien colonisateur.

A quoi nous servirait en effet la victoire, nécessaire et possible, sur les Ape si devait perdurer une sujétion monétaire aussi perverse que désuète ?

Mamadou Bamba NDIAYE, Député à l’Assemblée nationale, Secrétaire général du Mps/Selal


source: Le Soleil