vendredi 19 décembre 2008
mercredi 19 novembre 2008
vendredi 7 novembre 2008
jeudi 30 octobre 2008
lundi 2 juin 2008
DES ASSISES SANS FONDEMENT
CONTRIBUTION
DES ASSISES SANS FONDEMENT
La « révolution intelligente » a avorté dimanche
Par respect pour nos compatriotes qui y ont pris part, ne disons pas que la montagne des Assises du Fss aura accouché d’une souris. Les organisateurs ont annoncé que l’accouchement attendu ce dimanche allait prendre encore six mois, ce qui a dû enchanter les gérants du Méridien-Président soucieux du taux d’occupation de leur réceptif. Patience donc. Pourtant, tout indique que la montagne n’accouchera de rien du tout.
Qui sont les animateurs de ces Assises ? On a insisté avec jubilation sur la présence de certaines ambassades étrangères. Un lapsus. La psychanalyse considère ce genre d’acte manqué comme particulièrement bavard. Quand la dissimulation devient trop pesante, on finit par dire ce que l’on cache. Gageons que dans les prochains mois d’autres actes seront posés qui en édifieront plus d’un sur les enjeux occultés de la frénésie des opposants et notamment sur l’envie de certains intérêts privés étrangers de redevenir aussi confortables au Sénégal qu’ils l’ont été dans le passé.
Dans le schéma institutionnel retenu, nous aurons reconnu l’empreinte de certains cadres politiques dont la plupart se réclament aujourd’hui de la société civile et qu’une analyse biaisée des réalités du Sénégal post-alternance a contraint au désoeuvrement organisationnel. A ce propos, le principe de participation citoyenne qui a été fortement mis en exergue dans certains discours du dimanche ne nous fait guère rêver. Les termes de référence adoptés le nuancent fortement (« autant que possible », écrit-on) au nom de « contraintes temporelles et financières ». C’était pourtant la seule bonne idée dans tout çà…
On ne reprochera pas à des structures syndicales ou associatives de profiter d’une tribune gratuite pour populariser leurs plates-formes revendicatives. Leur présence aurait été politiquement significative si elles n’étaient pas engagées, dans le même temps, dans des cadres de négociation ou de concertation avec le gouvernement en place.
Se sont aussi fait remarquer divers porteurs de griefs particuliers.
En somme, il n’y a guère de raisons de dramatiser. Après tout, nous sommes en démocratie et chacun est libre de se fourvoyer. Reconnaissons cependant que nos propres maladresses et nos insuffisances en matière de concertation ont dû contribuer à ce fourvoiement manifeste.
Une parodie de l’Arche de Noé
L’événement notable de ce dimanche est que l’équipe de réserve de l’opposition vient officiellement de descendre sur le terrain. Des brebis et des loups, des scouts en mal de bonnes actions, des politiciens amortis depuis le siècle dernier, des ambassadeurs sans lettres de créance, des retraités en position de reprise de service, des condottieri en rupture de ban, des anciens ceci ou cela, pour tout dire les générations successives de dirigeants de l’ancien régime quittent ainsi leurs confortables tribunes pour prêter main-forte aux naufragés de mars 2000 et février 2007. Le spectacle promet. On rira jusqu’à Noël de cette parodie de l’Arche de Noé.
Pour l’heure, les discours de dimanche révèlent les premières fissures. D’abord, le président Mbow a clairement précisé qu’il avait été mobilisé par la société civile et qu’il reconnaissait sans restriction la légitimité du Président de
On comprend mieux désormais les propos de certains membres de la société civile selon qui le pilotage des Assises auraient été « arraché », en cours de route, aux initiateurs que sont les partis d’opposition. Quoi qu’il en soit, la « révolution intelligente pour faire partir Wade », annoncée par certaines composantes du Fss en décembre 2007, commence très mal, nos révolutionnaires de salon s’étant montré incapables de faire partager cette idée fixe par leurs alliés.
A la réflexion, la déclaration de M. Dieng signifie l’avortement de ces Assises. En effet, si celles-ci ne peuvent même pas « ligoter » leurs principaux initiateurs, comment pourrait-elles lier l’écrasante majorité des Sénégalais qui ont eu la clairvoyance de s’en absenter ?
Il s’y ajoute que les termes de référence adoptés engagent les participants à « accepter les conclusions consensuelles» et à les appliquer. Le traitement par Fss du premier acte des ces Assises – la reconnaissance publique et officielle par son propre président de la légitimité des institutions en place – pose donc un grand problème. Y a-t-il consensus sur cette question déterminante ? Ou plutôt une divergence évidente ? Est-il possible de dire oui à l’ordre constitutionnel à l’intérieur du Méridien-Président et non en dehors ? Le grand écart qui commence ajoutera sans doute du piment au spectacle.
La « révolution intelligente » ayant avorté, que reste-t-il des objectifs de ces Assises ? Selon les termes de référence, il s’agit de « concevoir les mécanismes d’un dialogue périodique et pérenne entre, d’une part, le pouvoir et l’opposition et, d’autre part, le pouvoir et les partenaires sociaux ». Mais comment y arriver sans le pouvoir ?
Si les « Assis » prenaient au sérieux cet objectif, ils consacreraient leurs travaux à convaincre leurs amis de Fss de reconnaître en toute sportivité la légitimité de nos institutions et de supprimer ainsi le seul obstacle connu au dialogue politique. Quant au dialogue social, il se vit au quotidien, malgré quelques imperfections. A défaut, il ne leur resterait plus qu’à se lever pour aller méditer les sages conseils du Maodo qui les avait tôt averti de l’inopportunité de leur entreprise solitaire.
Mamadou Bamba NDIAYE
Député à l’Assemblée nationale
Secrétaire Général de Mps/Selal
samedi 19 avril 2008
PRESIDENTIELLE 2007
Leçons du scrutin de la clarification
M. Tanor Dieng, candid at malheureux à la dernière présidentielle, vient de tordre le cou au bon sens et à la logique. En effet, il a dénoncé des « fraudes électorales» imaginaires avant d’annoncer son intention de mener une enquête. D’habitude, l’enquête précède la conclusion… Visiblement, ses collègues et lui ne pardonnent toujours pas à l’électorat sénégalais d’avoir osé décevoir leurs attentes. Une toute petite dose d’humilité leur aurait suffi pourtant pour saisir la rationalité du choix opéré par les Sénégalais le 25 février dernier. Et en tirer des leçons utiles.
Rejet des candidatures fantaisistes
La majorité absolue des candidats à l’élection présidentielle de 2007 (8 sur 15) ont réalisé des scores inférieurs à celui du moins favorisé des candidats de l’an 2000 (0,63 %). Il y a là un message fort de l’électeur qui souhaite protéger l’élection présidentielle des participations intempestives de candidats fantaisistes. Il y a une vingtaine d’années, le législateur bolivien, confronté au même phénomène, avait décidé de condamner à une peine de prison ferme tout candidat ayant obtenu un score ridicule à une élection présidentielle ! N’allons surtout pas jusque là mais voyons quand même comment éviter au Trésor public les dépenses inutiles que lui impose la candidature de citoyens tout juste soucieux de se faire connaître.
Fin des régimes minoritaires
Le taux de participation, qui a été exceptionnel, est particulièrement instructif. Ce principal instrument de mesure de la qualité d’un système électoral aurait pu avoisiner les 75 %, sans les quelques couacs observés dans la distribution des cartes. Il y a dans cette forte mobilisation populaire la validation de l’option de refonte totale du fichier électoral et la preuve par quatre de l’échec de l’entreprise de discrédit que certains ont orchestrée pendant près de deux ans. Le verrou qui limitait depuis de longues décennies l’accès des citoyens à la jouissance effective de leur droit de vote vient ainsi de sauter et cette révolution clôt définitivement l’ère des régimes minoritaires qui ont gouverné le Sénégal pendant longtemps. A ce propos, il faut être un vrai complexé pour dévaloriser le vote de groupes ou de communautés qui a pu être observé et que certains commentateurs présentent comme une tare d’une « démocratie tropicale », alors que c’est ce vote qui fait souvent la différence dans les démocraties de référence comme la France et surtout les Usa.
La « gauche » perd ses derniers atouts
Contrairement aux apparences, les candidats dits de « gauche » ont fait le plein des voix de leurs franges militantes et sympathisantes. Ils ont collecté l’essentiel de leurs 2-3% habituels. Il est vrai qu’ils semblaient espérer une progression substantielle de leur électorat grâce à la démultiplication de leurs moyens d’intervention et aux retombées attendues d’une rupture avec un régime perçu comme ayant « déçu » les attentes des électeurs de 2000. Cela confirme la nécessité d’une réflexion lucide sur les causes profondes de l’échec d’une aventure qui a mobilisé tant d’énergie et d’enthousiasme juvéniles au cours des années 60 et 70. Je n’insisterais pas sur ce point que j’ai abordé à plusieurs reprises. Il importe cependant de noter que la « gauche » vient de perdre son statut de « faiseuse de roi ». Non parce qu’elle aurait perdu des voix mais du fait d’un événement extérieur à elle : la forte atténuation de la bipolarisation ayant résulté de la vacuité d’une alternative crédible au régime issu de l’alternance. Elle paie également le prix de conduites incohérentes comme l’alliance inexplicable avec les partis de l’ancien régime et la rupture mal motivée et mal assumée avec l’actuel. Cet échec final interpelle les militants issus de la « gauche » qui doivent refuser autant l’immobilisme que l’aventure de nouvelles combinaisons politiciennes. Ils doivent accepter de se remettre en cause pour être à même de placer leur expérience et leur générosité au service des vrais combats qui conditionnent l’avenir du Sénégal.
Les opposants disqualifiés pour l’avenir
La quatrième leçon à retenir du scrutin du 25 février est qu’aucun des candidats de l’opposition n’a atteint la barre des 15 % alors qu’en 2000, les deux premiers opposants avaient obtenu respectivement 31 et 17 % des suffrages. La fameuse théorie de l’« alternative à l’alternance » a donc sombré. Et ses concepteurs l’ont tellement bien compris qu’ils envisagent quelquefois un « boycott » des législatives de juin, ce qui serait une reddition pure et simple. La meilleure manière il est vrai d’éviter une nouvelle défaite… MM. Seck et Dieng doivent certainement rire jaune à chaque fois qu’ils entendent des analystes peu lucides affirmer qu’ils auraient « pris date » pour les prochaines consultations. La course à la Présidence de la République n’obéit pas aux mêmes règles que la queue des électeurs devant un bureau de vote. Ici, l’entrée de celui qui vous précède dans le rang n’annonce pas toujours la fin prochaine de votre longue attente. Bien au contraire.
La faiblesse des scores des opposants renvoie plutôt à une disqualification. Ils ont bénéficié d’une conjoncture exceptionnellement favorable faite, entre autres, de pénuries d’électricité et de gaz, de crise de l’émigration clandestine, de grèves scolaires persistantes, de raidissement de la presse privée et de déchirures au sein du parti dominant. Ceci explique par ailleurs la surprise de certains observateurs devant l’ampleur de la victoire du président Wade. Dans ce contexte, l’échec de l’opposition signifie que ses dirigeants n’incarnent nullement une alternative crédible aux yeux des populations. Les raisons d’un tel état de fait sont évidemment liées au bilan négatif de leur participation à l’exercice du pouvoir avant ou après l’alternance de l’an 2000.
La rationalité d’un vote Wade massif
Le fait que près de deux millions de citoyens se soient déplacés pour voter Wade est parlant. Il dit d’abord que les Sénégalais ont définitivement fermé la page de l’ancien régime. Est ainsi dissipée l’illusion incroyable de ceux qui ont pensé que l’alternance de 2000 pouvait n’être qu’une simple parenthèse, pire un accident de l’histoire. A ce propos, il est fort surprenant de constater comment certains commentateurs peuvent encore se tromper sur la signification de ce vote massif, au point de lui chercher des explications à la limite du mépris comme l’ « achat de conscience » ou la « pauvreté ». Il s’est même trouvé des « politologues» et autres « politiques » pour soutenir que l’éthique de gestion et l’attachement à la bonne gouvernance doivent être considérées comme un « luxe » inaccessible à un peuple de miséreux prêts à monnayer leurs suffrages pour une poignée de Cfa. Il est vrai que l’appartenance à la fameuse « aristocratie politico-médiatique » peut rendre certains schizophrènes !
En réalité, le vote franc et massif en faveur du président Wade traduit un comportement rationnel fait de conscience et de maturité. Au cours des dernières années et même durant la campagne électorale, les citoyens, et surtout les jeunes, ont utilisé tous les canaux disponibles (grèves, brassards rouges, émissions des radios privées, sites internet, etc.) pour attirer l’attention sur le passif du bilan de l’alternance qui peut se résumer en deux points essentiels : cherté de la vie et problèmes de gouvernance. La naïveté des opposants fut de croire qu’ils pouvaient récupérer à leur profit ces protestations. Erreur fatale ! Vouloir plus et mieux ne signifie pas accepter de perdre ses acquis. Et le raisonnement de l’électeur fut presque sartrien : rien ne sert de n’avoir point les « mains sales » si l’on n’a pas de main ou si celle-ci a fait la preuve de son inutilité. C’est pourquoi, au moment de voter et d’engager leur avenir pour cinq ans, les jeunes ont joué la sécurité et plébiscité l’actif visible et prometteur des sept premières années d’alternance.
Le célèbre « Je » de maître Wade
Les considérations qui précèdent devraient avoir la vertu d’adoucir l’énervement de certains hérauts de l’« aristocratie politico-médiatique » qui s’étranglent de rage devant la propension du président Wade à s’exprimer à la première personne du singulier. Il y a en effet « Je » et « Je ». Un « Je » d’auto-contemplation, replié sur soi, et un « Je » de responsabilité, d’ouverture à l’autre. Le premier rebute tandis que le second humanise. S’exprimer à la première personne du singulier a permis au président Wade d’engager toute et rien que sa responsabilité personnelle devant les Sénégalais. Au lieu de s’abriter derrière le voile d’un Etat mystérieux, il est apparu en pleine lumière, affichant franchement ses intentions et assumant clairement ses succès et ses revers. Ceci lui a permis de fortifier une relation directe avec les Sénégalais, dont il vient encore une fois de récolter les fruits. Il s’y ajoute qu’en rendant compte, au fur et à mesure, de ses activités et en s’expliquant chaque fois que de besoin, il a permis à l’électeur de disposer de toutes les données et informations nécessaires à son choix du 25 février. Ce coefficient personnel a incontestablement fait basculer l’électorat. Voilà pourquoi aucun parti, pas même le sien, ne saurait s’attribuer le mérite de cette victoire.
Se préparer au choc de l’« après-Wade »
La victoire du 25 février annonce un nouveau rendez-vous, celui de l’après-Wade. 2012, c’est déjà demain et le principal concerné a lui-même officiellement ouvert sa succession. Le remplacement d’un homme qui aura été, durant plus d’un tiers de siècle, dans l’opposition comme au pouvoir, le principal animateur de la vie politique nationale ne va pas sans incertitudes ni risques. Il suffit de penser à l’expérience ivoirienne. Il est cependant évident que cette nouvelle page d’histoire ne pourra être valablement écrite par les vaincus du 25 février, mais bien par les vainqueurs. Ces derniers sont donc interpellés par le défi de l’association harmonieuse de leurs compétences et de leurs capacités afin de préserver les nouveaux équilibres sociopolitiques qui portent le Sénégal sur le chemin de l’émergence économique. Le monde d’aujourd’hui, ne l’oublions jamais, est celui d’une compétition acharnée où la lutte quotidienne pour la survie des peuples et des nations ne laisse aucune place aux tricheurs ni aux marchands de sable.
Mamadou Bamba NDIAYE
Député à l’Assemblée nationale
Secrétaire général du Mps/Selal
mercredi 2 avril 2008
mercredi 20 février 2008
Conférence, assises ou concertations nationales ?
Conférence, assises ou concertations nationales ?
Ainsi donc, certaines composantes du Front Siggil Sénégal (FSS) ont enfin compris la nécessité de définir clairement le contenu et les objectifs des assises nationales dont il propose la convocation depuis plusieurs mois. En effet, jusqu'ici, la démarche de FSS n'avait réussi qu'à dérouter la plupart des observateurs tant les justifications de cette proposition étaient floues et les objectifs poursuivis aériens. Le sentiment était réel que les leaders de FSS ne prenaient pas tellement au sérieux leur proposition et qu'ils étaient juste en train de brandir un slogan comme pour éviter de tirer le bilan de leur « tactique » suicidaire de boycott des législatives du 3 juin dernier ou différer des décisions à prendre à propos des élections locales prévues dans moins d'un an.
Après quelques rencontres avec des organisations de la société civile et autres ambassades étrangères, il était évident que FSS ne pouvait plus poursuivre son initiative sans définir le contenu de ces assises nationales. En ont-ils parlé à l'interne ? Y a-t-il eu des divergences ? Le secret est bien gardé jusqu'ici.
A réfléchir sur les considérations qui précèdent, il apparaît nettement que l'incohérence de la proposition de FSS vient de ce qu'elle pose un (faux) problème sans toutefois oser le trancher. Sa démarche ne peut donc que rester suspendue. FSS conteste aussi bien la présidentielle que les législatives. Il dénie toute légitimité aux institutions qui en sont issues. Il estime que l'économie du pays est dans un gouffre insondable. Dans ces conditions, les assises nationales qu'il propose comme panacée ne devraient sérieusement pas viser autre chose que la mise sur pied de nouvelles institutions pour appliquer de nouvelles politiques. C'est ce qu'ont fait toutes les conférences nationales tenues en Afrique dans les années 90 : prendre le pouvoir et imposer des décisions, dans une démarche certes « subversive » mais profondément démocratique. Evitant cette démarche que nul ne saurait envisager dans le contexte actuel du Sénégal, FSS ne présente aucune alternative. Car si des assises nationales s'interdisent de créer un pouvoir de fait, leur vocation ne peut être que de proposer des recommandations à appliquer par le pouvoir démocratiquement élu. Soit seul soit à travers un gouvernement d'union nationale. C'est cette démarche qu'avait explicitement choisie Bokk Sopi Sénégal (BSS) en initiant une Concertation nationale en 1994. Le premier secrétaire du Ps semble être tenté de s'en inspirer mais, là aussi, il s'arrête à mi chemin et préfère noyer le poisson en déclarant que les résultats des assises « seront toujours utiles au pouvoir ou à l'opposition », ce qui est la preuve par quatre que FSS ne sait pas encore quoi en faire.
Quand Tanor noie le poisson
Cette question de l'applicabilité des décisions d'éventuelles assises nationales serait cependant la dernière à examiner selon un critère chronologique. La première étant celle de la convocation de ces assises. Qui doit convoquer qui ? A cette question aussi FSS n'apporte aucune réponse claire. Va-t-il prendre la responsabilité de convoquer ? Au nom de quelle légitimité ? Va-t-il le faire en association avec des organisations syndicales et civiles qui partageraient sa démarche ? Compte-t-il demander au chef de l'Etat de prendre l'initiative de cette convocation ? On ne sait. Pourtant, ces questions ne sont pas neutres. La nature des assises proposées en dépend fortement. Si, comme certains leaders de FSS ont pu le dire, aussi bien l'Etat que les partis de la majorité sont exclus a priori des discussions (1), les assises ne pourraient faire autre chose que constituer un FSS élargi autour d'un programme concerté en prévision des consultations électorales de 2012. Mais avec quel candidat ? Dans cette optique, ces assises ne seraient plus nationales. Et les organisations officiellement non partisanes qui y participeraient seraient confrontées à une gêne certaine. C'est peut-être pour leur éviter ce piège que le Président Mamadou Dia, qui est incontestablement le théoricien et le précurseur de la méthode des conférences nationales, a conseillé aux leaders de FSS d'initier au préalable des actions populaires d'envergure aptes à convaincre le pouvoir de souscrire à leur projet. Sage précaution, qui ne rencontre cependant jusqu'ici d'autre écho que le silence embarrassé mais « intelligent » des leaders de FSS qui connaissent bien les limites de leur capacité de mobilisation et de leur crédibilité aux yeux des Sénégalais.
En vérité, les leaders de FSS ne comptent nullement sur l'appui du peuple sénégalais pour arriver à leurs fins. Sinon, à défaut d'une grève générale, ils auraient au moins tenté d'organiser un meeting national à l'appui de leur démarche. Le ton jubilatoire de M. Ousmane Tanor Dieng, annonçant au sortir d'une rencontre avec la délégation de l'Ue, l'éventualité de « sanctions européennes sévères contre le Sénégal » montre bien qu'ils regardent ailleurs et espèrent d'ailleurs la courte échelle dont ils rêvent. M. Dieng était si heureux qu'il s'est autorisé une référence inappropriée à une certaine situation togolaise, … comme si quelqu'un était mort au Sénégal. On comprend donc le dépit qui s'est emparé de certains après la conférence de presse des experts de la Banque mondiale qui ont diagnostiqué une relative bonne santé de l'économie sénégalaise, réduisant ainsi à néant l'effet des campagnes acharnées de dénigrement dont les leaders de FSS se font les champions depuis quelques années. Acharnement dans le dénigrement de son propre pays : voilà l'activité favorite de ceux qui prétendent détenir le monopole du patriotisme. Mais il y a loin de la coupe aux lèvres.
La concertation, une exigence de la bonne gouvernance
Je crois avoir soulevé dans les lignes qui précèdent quelques questions de fond dont l'examen devrait convaincre que les assises nationales proposées par FSS sont, proprement, sans objet : un slogan creux, une tentative de diversion, une manœuvre électoraliste à peine voilée et pas plus. Mais je ne crois pas que le débat doive en rester là. En effet, il me semble que la ligne de radicalisation outrancière adoptée par FSS depuis ses déroutes de février et juin dernier tend à éloigner de nos esprits deux exigences majeures. La première est relative au dialogue politique qui est et doit rester une évidence dans une démocratie majeure comme celle du Sénégal. La dramatisation mise en scène par FSS autour d'une banale demande d'audience adressée au chef de l'Etat n'a pas d'autre fonction que de créer un contexte favorable à une entreprise de discrédit de la pratique de la démocratie au Sénégal. Le président Wade a toujours reçu l'opposition et on ne voit pourquoi il devrait s'en priver à l'avenir.
L'autre exigence, plus fondamentale, est liée à l'utilité d'une concertation permanente et institutionnalisée avec les forces vives de la nation. Le gouvernement ne peut que gagner à partager ses décisions, de la phase d'élaboration à celles de la mise en œuvre et de l'évaluation, avec tous les partenaires sociaux impliqués dans les divers secteurs de son activité. La meilleure des décisions peut produire le pire des résultats quand elle est parachutée et non partagée. De gros efforts restent à faire dans ce domaine crucial. Il est évident par exemple que les initiatives prises par le gouvernement pour juguler la hausse des prix des denrées de consommation populaire produiraient davantage de résultats concrets et visibles si, en plus des associations de commerçants et de consommateurs, les syndicats ainsi que les organisations de femmes et de jeunes étaient associés à leur élaboration et à leur mise en œuvre. Bien informées, ces derniers pourraient jouer leur partition sur le terrain et contribuer, par divers moyens, au respect effectif par tous des décisions prises ensemble. La même démarche s'impose devant la crise de l'enseignement supérieur, le marasme du secteur de l'énergie ou le drame du chômage des jeunes, entre autres défis qui nous interpellent gravement en ce moment.
L'ère de la toute-puissance de l'administration est révolue et les citoyens ne veulent plus être des consommateurs passifs de décisions prises entre quatre murs en leur nom et pour leur compte mais sans leur avis. Un recours systématique à de larges concertations nationales sectorielles ne pourrait que réduire les déficits de communication déplorés, favoriser l'adhésion des populations aux décisions prises et accroître l'efficacité de l'action gouvernementale. Elle ferait également droit à une demande sociale pressante d'information, de concertation, de transparence et de contrôle efficient de l'action publique. C'est cela l'esprit de la bonne gouvernance. Mais cela n'enthousiasmera certainement pas les leaders de FSS qui réclament des assises nationales pour palabrer sur tout… c'est-à-dire sur rien.
(1) Le Premier secrétaire du PS vient d'y mettre un bémol en souhaitant publiquement la participation du gouvernement aux assises. Dans ces conditions, qu'attend FSS pour demander une rencontre avec la Cap 21 et la Coalition Sopi ?
Mamadou Bamba NDIAYE
Député à l'assemblée nationale
Secrétaire général du Mps/Selal
BP 12387, Dakar Colobane
DAKAR
Interview avec Wal Fadjri
Bamba NDIAYE, député : ‘J’ai une divergence insurmontable avec le président Mamadou Dia’
Malgré ‘l’admiration, le respect et la considération’ qu'il voue à Mamadou Dia qu'il a rencontré en 1983, Bamba Ndiaye a définitivement rompu les amarres avec le Grand Maodo. Le député et secrétaire général du Mouvement populaire socialiste (Mps), son nouveau parti, a fait cette révélation lors de son passage à Paris en soulignant qu’il a une ‘divergence insurmontable’ avec le président Mamadou Dia. Dans l’entretien qu'il nous accordé, le désormais ex-leader du Msu-Cap 21 – le cordon ombilical qui le liait encore à Mamadou Dia - est revenu sur la succession du président Wade, les retrouvailles entre celui-ci et Landing Savané, d’une part et Idrissa Seck, d'autre part.
Wal fadjri : Vous avez changé le nom de votre parti qui s'appelle désormais le Mouvement populaire socialiste (Mps). Pourquoi êtes-vous passé du Msu au Mps ?
Bamba Ndiaye : Nous avons trouvé que ce changement de sigle était utile pour nous distinguer. Nous avons compris que cette guéguerre qu’il y avait autour du sigle Msu nous portait beaucoup plus de préjudice qu’aux autres qui se réclament du Msu. Comme vous le savez, en 2001, il y avait eu des divergences au sein du parti. Disons qu’une minorité s’est réunie pour exclure la majorité. Nous n’avons pas voulu polémiquer, mais nous avons continué puisque nous étions majoritaires dans le secrétariat national et dans les directions nationales. Nous avons, ainsi, estimé que nous étions en droit de continuer nos activités sous le sigle de Msu. Ce que nous avons fait. Evidemment, il y a eu une petite confusion autour du sigle parce que les gens ne perçoivent pas toujours les nuances qu’il peut y avoir entre Msu-Cap 21 et Msu-Mamadou Dia. Donc, une clarification était devenue nécessaire pour permettre une bonne visibilité et une bonne identification du parti par les populations. D’ailleurs, nous avons été bien inspirés de changer de sigle puisque aujourd’hui, il y a quatre Msu, l’autre tendance s’étant divisée en quatre. Il y a un groupe qui est avec Moustapha Niasse, un groupe avec Robert Sagna, un autre groupe avec Souty Touré et un quatrième avec Abdoulaye Bathily. Donc, si nous n’avions pas changé de sigle, nous aurions été cinq tendances du Msu. Ce qui serait un peu déplorable. Pour toutes ces raisons-là, nous avons modifié le sigle du parti pour bien faire percevoir notre drapeau dans le champ politique sénégalais. Cela ne veut pas dire que nous renions notre passé, les années de collaborations avec le président Mamadou Dia. Au contraire, nous assumons tout cela. Mais, comme je l’ai dit en 2001, nous sommes dans le combat politique depuis assez longtemps. Nous sommes relativement jeunes. Nous avons un projet à construire. Nous allons nous adosser sur toute cette expérience, sans rien renier, pour apporter notre pierre à la construction du Sénégal de demain.
Wal fadjri : Vous réclamez-vous toujours du président Mamadou Dia ?
Bamba Ndiaye : J’ai l’habitude de le dire, je vous le dis encore et c’est sincère en moi : J’ai, pour Mamadou Dia, le même degré d’affection qu’en 1983 quand je le rencontrais pour la première fois et quand j’ai décidé de m’engager à ses côté. A cette époque d’ailleurs, je n’étais pas vierge politiquement. J’avais une dizaine d’années d’expériences politiques dernière moi. Mais, j’avais décidé de travailler avec lui parce que j’avais vu, en sa personne, un nationaliste sénégalais, un intellectuel très fécond qui a réfléchi sur beaucoup de problèmes africains et internationaux. J’ai vu en lui aussi un homme politique très affectif, très attaché à des normes morales. C’est tout cela qui m’a poussé à collaborer avec lui pendant presque quinze ans. Je m’en réjouis parce que je pense avoir appris auprès de cet homme exceptionnel. Mais vous savez, la vie est faite d’union et de séparation. En 2001, nous avons eu une divergence insurmontable autour de la question du référendum et des élections législatives. C’est une question de choix d’alliance. J’ai préféré, avec mes amis, rester dans la logique de l’alliance avec le Pds et les autres partis. Nous n’avons pas pensé qu’il était convenable de changer d’alliance en 2001. Il y a eu cette divergence. Il en a résulté une séparation, mais je dirais jamais du mal de Mamadou Dia. Je l’admire trop pour me permettre de le critiquer. Nous assumons notre compagnonnage avec lui, nous assumons, également, notre séparation. Mais je n’enlève rien à l’estime, à la considération, à l’admiration et à l’affection que nous avons pour lui.
Wal fadjri : Pourquoi, en tant que socialiste, avez-vous décidé de soutenir des libéraux ?
Bamba Ndiaye : Je crois que c’est un peu une fausse question. La preuve, les Français, qui nous donnaient des leçons, sont en train de s’inspirer de l’expérience sénégalaise. Vous voyez bien que les libéraux, les gaullistes, les centristes, les socialistes essaient de se retrouver, y compris au sein d’un gouvernement. Je crois que c’est une bonne évolution. De ce point de vue-là, le Sénégal a joué, peut-être, un rôle précurseur. Je ne pense pas que les références idéologiques doivent déboucher nécessairement sur des clivages politiques. Quant nous nous disons socialistes, ce n’est pas pour rejeter d’autres parce qu'ils ne le sont pas ou parce qu’ils sont des libéraux. Quand nous nous disons socialistes, nous avons des valeurs auxquelles nous croyons. Ce sont des valeurs de solidarité humaine, de justice sociale, de partage équitable des richesses produites. Nous admettons que d’autres puissent se référer à d’autres valeurs ou à ces mêmes valeurs autrement que nous. Mais je ne crois pas que ce soit des clivages politiques insurmontables. Ce qui compte, c’est de voir, par rapport à l’immédiat, si des convergences politiques fortes sont établies entre partis politiques, mais des différences idéologiques ne doivent pas les séparer. D’ailleurs, notre compagnonnage avec le Pds ne date pas de 2000, mais bien avant. C’est depuis les années 1980 dans les luttes pour la démocratie au Sénégal, contre la fraude électorale, contre l’ajustement structurel, dans les luttes pour les libertés. Cette alliance s’est poursuivie jusqu’à l’alternance. Donc, l'idéologie, c’est simplement l’inspiration pour éclairer l’action. Mais ce qui compte, c’est l’action elle-même. C’est pourquoi je dis, et ce n’est pas pour chahuter, qu’à la place de l’opposition des idéologies, maintenant on est dans l’apposition des idéologies. Je crois qu’il faut faire coexister les idéologies progressistes à l’exclusion du fascisme. Il faut s’inspirer partout pour agir convenablement au service des populations sénégalaises.
Wal fadjri : Avec la refondation en cours au Pds, il se susurre dans la presse sénégalaise que les partis de la Cap 21, dont le vôtre, pourraient se fondre dans le nouveau parti de Me Wade. Est-ce que le Mps acceptera de faire ce saut ?
Bamba Ndiaye : Nous sommes ouverts à tout ce qui peut contribuer à renforcer, à consolider, à rendre plus cohérente la mouvance dans laquelle nous sommes. Pour le reste, quand nous aurons, de façon officielle, le contenu exact de ce projet dont parle la presse, les instances appropriées de notre parti se réuniront pour donner une réponse. Pour le moment, ce que je peux vous dire, c’est que rien n'est encore enclenché, de façon officielle en tout cas. Mais, nous suivons tout ce qui se fait avec beaucoup d’intérêts.
Wal fadjri : Si la proposition vous ait faite, officiellement, allez-vous vous fondre dans le Pds ?
Bamba Ndiaye : Nous n’avons jamais exclu la possibilité de fusion avec le Pds. D’ailleurs, je peux vous dire que c’est envisager depuis 2000. Avant même la scission du Msu, l’idée d’une fusion avec le Pds était en discussion dans nos rangs. Maintenant, après la scission, nous avons continué nos activités pour renforcer notre partie. Si, demain, d’autres interpellations sont là, nous aviserons. En tout cas, nous ne sommes pas fermés, nous ne sommes pas dans un schéma immuable. Nous sommes tout à fait ouvert. On verra bien parce que ce sont des questions qui sont un peu devant nous et je ne veux pas anticiper.
Wal fadjri : L’autre débat au Sénégal, c’est la question de la succession du président Wade. De plus en plus, on prête au chef de l’Etat l'intention de se faire succéder par son fils, Karim Wade. Quelle est la position de votre parti ?
Bamba Ndiaye : Ces accusations ne sont pas nouvelles. Il y a certains Sénégalais qui, depuis l’an 2000, ont eu cette idée pernicieuse de décrire le président Wade sous le trait d’un monarque. Evidemment, leur imagination étant intarissable, ils arrivent, à chaque fois, à trouver quelque chose. Ce qu’ils ont trouvé ces derniers temps, c’est de dire : ‘Le président Wade est un monarque et la preuve, il veut transmettre le pouvoir à son fils.’ Mais, ce ne sont que des spéculations parce que le président Wade a dit clairement qu’il n’a pas de dauphin et qu’il n’en cherchait pas. Deuxièmement, nous sommes dans un système démocratique et républicain. Le pouvoir se donne par les urnes. Et il est évident que le successeur du président Wade, qui qu’il soit, ne peut sortir que des urnes. Donc, il sera désigné non pas par le président Wade, mais par le peuple sénégalais dans sa majorité. Cela est très clair. Je crois que ce sont des spéculations inscrites dans cette stratégie de diabolisation du président Wade adoptée par certains secteurs de l’opposition. Et puis, c'est trop tôt pour parler de succession. Le président Wade est élu il y a juste quelques mois et il en a pour cinq ans. Je crois que la priorité immédiate, c’est de l’appuyer pour qu’il puisse réaliser les différents projets qu’il a annoncés. En 2012, il me semble que l’enjeu n’est pas du tout de savoir si c’est Mademba ou Massamba qui va être président du Sénégal. Je vois les choses autrement. En l’an 2000, il y a eu une rupture dans notre évolution politique. On est sorti de quarante ans de manque d’ambition, d’immobilisme, d’échec. On est entré dans une nouvelle dynamique où le Sénégal se donne des ambitions élevées, se bat pour les réaliser. On ne réussit pas toujours, mais le régime de l’alternance a réussi des choses. Et tous les Sénégalais en sont témoin. Cette nouvelle dynamique enclenchée par le président Wade doit rester avec ou sans lui.
Wal fadjri : Etes-vous prêt à soutenir une candidature de Karim Wade à la présidence de la République ?
Bamba Ndiaye : Pourquoi demandez-vous cela ? Pourquoi ne demandez-vous pas si je ne suis prêt à soutenir une candidature de Bamba Ndiaye ? C’est cela la réponse !
Wal fadjri : C’est parce que vous avez dit que dans la dynamique de l’alternance, il n’est pas exclu que Wade ou un autre se porte candidat. Donc cet autre peut être Karim, Iba Der Thiam, Djibo Kâ comme cela peut être Bamba Ndiaye…
Bamba Ndiaye : (Il coupe). Pour l’instant, nous ne parlons pas de candidature. Nous parlons de projet collectif à élaborer, à mettre en place.
Wal fadjri : Mais, justement, qui doit porter un tel projet ?
Bamba Ndiaye : Le projet collectif doit être porté par une équipe. Cette équipe se donnera un leader. Et on verra bien.
Wal fadjri : L’autre actualité, c’est la rencontre entre le Pds et Aj/Pads. Comment appréciez-vous ces retrouvailles ?
Bamba Ndiaye : Je suis heureux que nos amis d'And Jëf aient compris que la logique politique veut qu’il reste dans la majorité dans laquelle ils étaient. Je suis très heureux qu’ils aient rencontré le président Wade. Et, apparemment, selon les informations parues dans la presse, ils évoquent la perspective de reconstruire leur partenariat avec le Pds, leur permettant de reprendre leur place dans la majorité. J’ai toujours pensé que la place naturelle d'And Jëf est dans la majorité et non dans l’opposition.
Wal fadjri : Et celle de Rewmi d'Idrissa Seck que le président de la République a aussi rencontré ?
Bamba Ndiaye : Rewmi, c’est une dissidence du Pds. Si le président Wade prend des initiatives pour réunir sa famille, on ne peut que saluer sa démarche et l’encourager. Maintenant, quel résultat cela va-t-il donner ? On verra cela dans le futur.
Wal fadjri : Pensez-vous que la cohabitation entre Idrissa Seck et les autres partis de la Cap 21 sera facile ?
Bamba Ndiaye : Il était au Pds, donc nous étions ensemble dans la majorité. A un moment donné, il a fait dissidence et a rejoint l’opposition. Il s’est retrouvé dans une position d’adversaire. Et on l’a traité comme tel. On s’est assumé. On est allé aux élections et le peuple sénégalais nous a donné la majorité. Maintenant, s’il change de fusil d’épaule, je trouve que c’est très bien. La vocation de la majorité n’est pas de rester fermer sur elle-même, mais de s’ouvrir à tous ceux qui peuvent y apporter leur contribution. Tous ceux qui sont dans la majorité et qui ont mené ce combat sont des hommes d’expériences qui savent gérer toutes les situations. De ce point de vue-là, il n’y a aucune inquiétude à se faire.
Propos recueillis par Moustapha BARRY
DEBAT SUR LES APE :
Débat sur les APE : Les grosses ficelles de Bruxelles
L’importance et la gravité de la question des Ape ne peuvent être mieux perçues qu’à travers les grosses ficelles dont certains responsables européens usent et abusent pour dérouter l’opinion africaine.
Le Soleil (Dakar) | samedi 12 janvier 2008
DEBAT SUR LES APE : Les grosses ficelles de Bruxelles
La mobilisation massive de la Société civile sénégalaise, répondant à l’appel du président Wade, pour organiser la résistance contre les Ape, est une nouvelle encourageante pour tous les patriotes. Elle administre la preuve de notre capacité à prendre en charge collectivement les intérêts des peuples africains. L’importance et la gravité de cette question des Ape ne peuvent être mieux perçues qu’à travers les grosses ficelles dont certains responsables européens usent et abusent pour dérouter l’opinion africaine.
D’abord, les Ape seraient, selon eux, une conséquence inévitable des accords de l’Omc. Le commissaire européen Louis Michel, intervenant sur les ondes de Rfi le 10 décembre dernier, a affirmé que les Ape sont « obligatoirement la conséquence d’une décision de l’Organisation mondiale du commerce ».
L’Ue, championne du monde de la violation des règles de l’Omc
Nul n’est pourtant moins bien que placée que l’Ue pour se poser en avocate du respect des règles de cette organisation. Il est de notoriété publique par exemple qu’elle ne respecte pas les délais fixés par l’Omc pour la notification des subventions accordées à leur agriculture. Au contraire, l’Ue accuse à ce sujet un retard de quatre ans qui lui a permis d’adapter ses politiques de soutien à l’agriculture (plus connues sous le nom de Politique agricole commune) afin de maintenir des subventions massives, tout en échappant aux poursuites prévues par l’Omc !
Concrètement, cela lui a permis, en 2005, de dépenser 1,43 milliard d’euros en subventions à l’exportation pour le lait et les produits laitiers, ce qui a contribué à la paupérisation des éleveurs dans certains des pays les plus pauvres du monde.
Il est également établi que l’Ue porte une grande responsabilité dans le blocage actuel des négociations commerciales de l’Omc dites « Cycle de Doha pour le développement ». Elle refuse la remise en cause des avantages commerciaux dont elle dispose. Elle veut avancer au pas de charge pour obtenir, avec les Ape, de nouveaux avantages résultant de l’annexion pure et simple des économies africaines. Il ne s’agit pas de le leur reprocher.
Mais avouons qu’il y a de quoi s’interroger quand la championne du monde de la violation des règles de l’Omc appelle au respect « obligatoire » de ces mêmes règles !
Il s’y ajoute que, contrairement aux affirmations de M. Michel, les accords de l’Omc n’imposent nullement une réciprocité commerciale « obligatoire ». Au contraire, l’article 5 de la « Clause d’habilitation », qui est partie intégrante des accords, dispose que : « les pays développés n’attendent pas de réciprocité pour les engagements, pris par eux au cours de négociations commerciales, de réduire ou d’éliminer les droits de douane et autres obstacles au commerce des pays en voie de développement, c’est-à-dire que les pays développés n’attendent pas des pays en voie de développement qu’ils apportent, au cours de négociations commerciales, des contributions incompatibles avec les besoins du développement, des finances et du commerce de chacun de ces pays ».
Il apparaît ainsi que les règles de l’Omc disent exactement le contraire de ce que prétendent les responsables européens ! M. Michel, qui est ainsi pris en flagrant délit de tricherie et de tripatouillage, n’est pas au bout de ses peines.
De nombreux pays européens, conscients de la force de la mobilisation des Etats et des peuples africains contre les Ape, envisagent en effet de revoir leur position sur la question.
Une véritable déclaration de guerre économique et sociale
Déjà, en mars 2005, le gouvernement anglais avait publiquement appelé l’Ue à proposer une modification des textes de l’Omc « en vue de réduire les exigences de réciprocité et de se recentrer davantage sur les priorités du développement ».
En juillet 2006, c’était autour de l’Assemblée nationale française d’adopter un rapport prédisant que les négociations sur les Ape allaient « droit à l’échec ».
Ce même rapport dénonçait avec véhémence les commissaires européens : « Si la Commission persiste, l’Europe commettra une erreur politique, tactique, économique et géostratégique. (...) Pouvons-nous vraiment prendre la responsabilité de conduire l’Afrique, qui abritera, dans quelques années, le plus grand nombre de personnes vivant avec moins de un dollar par jour, vers davantage de chaos, sous couvert de respecter les règles de l’Omc ? Croit-on que ce chaos se limitera à l’Afrique ? »
Enfin, le rapport propose clairement de « donner un nouveau mandat de négociations à la Commission » européenne au sujet des Ape.
Il n’est pas utile de s’étendre ici sur les causes et les conséquences dramatiques des Ape. On sait suffisamment que le projet est né non pas de l’adoption des règles de l’Omc mais de l’expiration des Accords de Cotonou. Que l’Europe veut nous imposer dans le cadre des Ape, ce qu’elle refuse d’accepter dans ses relations avec le reste du monde, la Chine notamment. Que les gouvernements africains vont perdre une part substantielle de leurs recettes douanières et fiscales mais aussi et surtout le contrôle des leviers devant promouvoir notre développement.
Que nos producteurs, nos paysans en particulier, seront soumis à la concurrence directe et ruineuse de produits européens fortement subventionnés. Qu’au Sénégal les producteurs locaux de riz, d’oignons, de poulets, d’œufs, de produits laitiers, etc., iront rejoindre la masse des chômeurs, sans compter les pertes d’emploi résultant du démantèlement de notre tissu industriel.
L’Union européenne ne peut nier tous ces inconvénients qui équivalent à une véritable déclaration de guerre économique et sociale. C’est pourquoi elle promet d’y remédier. Au cours de son intervention sur Rfi, M. Louis Michel a annoncé que l’Ue a « prévu de doubler les fonds régionaux pour éventuellement compenser la perte fiscale née de la suppression tarifaire » postulée par les Ape.
On l’aurait sans doute cru sur parole si l’Ue n’avait pas fini de démontrer la légèreté avec laquelle elle gère ses engagements les plus solennels. Entre 2001 et 2006, sur les 15 milliards d’euros que l’Ue avait promis de verser aux pays Acp, seuls 28% avaient été effectivement décaissés. Pour la période 1995-2000, 14,6 milliards d’euros étaient promis. Le décaissement n’avait commencé qu’en 1997 et seuls 20% de ce montant avaient été versés au bout du compte.
Dépasser en toute grandeur les crispations partisanes
On le voit : l’enjeu est vital. La détermination de la Commission de l’Ue, dont l’action est pilotée par les cercles les plus conservateurs de la Droite européenne, est significative. De leur côté aussi, il s’agit d’un enjeu de survie devant les coups de boutoir des nouveaux pays émergeant sur la scène commerciale internationale.
N’acceptons pas cependant de nous placer sur une position défensive. Ce n’est quand même pas cette Europe-là, vieillie et déclinante, qui va nous recoloniser ou nous réduire à l’esclavage ! De ce point de vue, les Ape, qui apparaissent comme une manœuvre désespérée visant à inverser la roue de l’histoire, ouvrent plutôt, pour les pays africains, une ère riche de promesses nouvelles.
Ils doivent nous permettre de sortir enfin du cercle vicieux de la politique politicienne et de l’exaltation de nos rivalités et querelles intestines. Ils nous somment d’unir toutes nos forces sans exception et interpellent ainsi, en particulier, une frange de nos compatriotes, parmi lesquels les dirigeants du Front "Siggil Sénégal", qui gardent encore le silence sur une question aussi capitale. L’heure est en effet venue de dépasser en toute grandeur les crispations partisanes pour aller au front, tous ensemble.
Au-delà de nous unir dans un combat que nous partageons avec tous les démocrates et progressistes d’Europe, l’enjeu des Ape doit également nous permettre d’exiger l’élargissement des négociations à tous les dossiers qui conditionnent notre développement.
Le premier de ces dossiers est relatif au rétablissement de notre souveraineté monétaire qui passe par le réexamen des accords conclus depuis près d’un demi-siècle avec l’ancien colonisateur.
A quoi nous servirait en effet la victoire, nécessaire et possible, sur les Ape si devait perdurer une sujétion monétaire aussi perverse que désuète ?
Mamadou Bamba NDIAYE, Député à l’Assemblée nationale, Secrétaire général du Mps/Selal
source: Le Soleil

