mardi 16 juin 2009

Mamadou Bamba Ndiaye se réconcilie avec Mamadou Dia

Mamadou Bamba Ndiaye se réconcilie avec Mamadou Dia


Le leader historique du Mouvement pour le socialisme et l'unité (MSU) Mamadou Dia et son ancien lieutenant au sein de cette formation politique, le député Mamadou Bamba Ndiaye, se sont réconciliés jeudi, après une longue brouille politique qui a duré sept ans, rapporte le quotidien Le Populaire dans son édition de vendredi.

Source : Aps

Les divergences entre les deux personnalités politiques, qui se sont opposées à propos du référendum sur la Constitution de 2001, ont abouti à la scission du MSU.

Mamadou Dia, ancien président du Conseil des ministres sous le règne du président Léopold Sédar Senghor, et Mamadou Bamba Ndiaye, qui dirige actuellement le Mouvement populaire socialiste (MPS, proche du pouvoir) se sont retrouvés à la faveur du décès du fils de la deuxième épouse du ''grand Maodo''.

''Je suis allé le voir pour lui présenter mes condoléances. Mais, je ne l'ai pas trouvé sur place. Quand on l'a informé ensuite de ma visite, il m'a fait appeler. Notre rencontré a duré une dizaine de minutes'', rapporte Mamadou Bamba Ndiaye.

''Il m'a dit ce qu'il me reprochait et je lui ai dit à mon tour ce que je pensais. On a bien discuté. Il était en grande forme et était resté le même, c'est-à-dire un homme très franc. On a renoué nos relations familiales et sentimentales. Sur le plan personnel, il n'y a plus de nuages entre nous deux'', a ajouté Bamba Ndiaye.

Il a assuré que ''la séparation politique n'avait rien changé à l'admiration que j'ai toujours eue pour le président Mamadou Dia. J'ai toujours pensé que des divergences politiques ne devraient pas gâcher une décennie de compagnonnage basé sur la franchise''.

''A priori, rien n'est exclu'', a répondu Mamadou Bamba Ndiaye prié de dire s'il envisageait de renouer avec Mamadou Dia sur le plan politique. ''En politique, il ne faut jamais dire jamais'', a-t-il souligné, en précisant cependant que la question de leurs retrouvailles politiques n'a pas été abordée à l'occasion de cette première rencontre.

dimanche 14 juin 2009

Des Assises nationales de l’Alternance s’imposent


DEPUTE MAMADOU BAMBA NDIAYE, LEADER DU MOUVEMENT POPULAIRE SOCIALISTE/SELAL

«Après dix ans au pouvoir, des Assises nationales de l’Alternance s’imposent »



Le patron du Mouvement populaire socialiste/Selal Mamadou Bamba Ndiaye est député membre du groupe parlementaire de la majorité. Dans la première partie de l’interview qu’il a bien voulu nous accorder, l’ancien camarade du Président Mamadou Dia au Mouvement pour l’unité et le socialisme (Msu) nous livre son point de vue sur l’état des relations entre son parti et celui du Parti démocratique sénégalais (Pds, au pouvoir). Acteur de l’Alternance, notre interlocuteur tire également la sonnette d’alarme à propos des incohérences notées au sein de la mouvance présidentielle tout en demandant, à l’image des Assises nationales, la tenue des Assises nationales de l’Alternance pour mieux préparer l’horizon 2012.

Le Matin : Le Mouvement populaire socialiste/Selal fait partie de la mouvance présidentielle. Quel est l’état actuel de vos relations ?

Mamadou Bamba Ndiaye : Vous savez, depuis quelques années maintenant, la mouvance présidentielle évolue un peu dans l’informel, il faut le dire. Ce sont les différents partis qui la composent qui s’assument par rapport à leurs convictions. En tout cas, nous, c’est notre cas. Donc, nous défendons les positions qui nous semblent les plus justes. Mais, malheureusement il n’y a pas de cadre d’organisation. Il n’y a pas de concertation. Il n’y a pas une bonne circulation de l’information, à plus forte raison un travail organisé en commun, une évaluation des différentes étapes et tout cela. C’est vrai que des efforts sont faits dans le cadre de la Cap 21. Mais, je crois que c’est loin d’embrasser les nécessités d’aujourd’hui. Donc, voilà. C’est pourquoi d’ailleurs nous militons depuis de longues années pour que cette situation-là soit dépassée. Puisqu’il est évident que les contre-performances que nous avons connues pendant la dernière période s’expliquent en partie par ce manque de cohérence et d’organisation de notre mouvance politique.

Peut-on s’attendre un jour à une fusion entre votre parti, le Mouvement populaire socialiste/Selal et le Parti démocratique sénégalais ?

Cette question s'apparente un peu à un serpent de mer. C’est l’histoire du monstre de Loch-ness qui apparaît dans les périodes d’incertitude. Et après, on n’en entend plus parler. Maintenant, les choses telles qu'elles sont aujourd’hui, c’est que notre parti est autonome et souverain. Il s’active librement dans la mouvance présidentielle non pas comme des invités venus à l’heure du souper mais comme membre fondateur, déjà, depuis la Coalition Alternance 2000.

Nous n’attendons pas beaucoup bouger les partis membres de la Cap 21 comme c’était le cas pendant les premières années de l’Alternance. Que répondez-vous ?

Je crois qu’on ne peut pas reprocher cela à la Cap 21. Comme je l’ai dit plus haut, c’est un problème beaucoup plus global qui est lié au mode de fonctionnement de la mouvance à laquelle nous appartenons. Mon propos n’est pas de dire que la Cap 21 ne fait pas son travail ou ne le fait pas suffisamment. C’est un problème plus global que je pose. Maintenant je sais que la Cap 21 se réunit régulièrement. Mais, ce qui est sûr et qu’elle ne peut pas faire plus qu’elle ne fait présentement.

En tant que membre de la Conférence des leaders de la Cap 21, est-ce qu’il vous est une fois arrivé d’attirer l’attention de Me Abdoulaye Wade dont le parti constitue l’épine dorsale de votre structure à ce propos ?

Ce que je peux vous dire, c’est que depuis 2005 nous disons ce que je viens de vous répéter.

Le rapport des Assises nationales a été rendu public récemment. Votre point de vue sur la question ?

En fait, c’est la Charte que j’ai lue. Des rapports sont annoncés mais personnellement, je ne les ai pas encore vus. Le commentaire que je peux en faire c’est à deux niveaux. D’abord, au niveau des principes généraux énoncés dans la Charte. Je crois que ces principes appartiennent maintenant à tous les Sénégalais. Tout le monde est d’accord sur la démocratie, sur la bonne gouvernance et sur la transparence. Cela est acquis. Et c’est bien : cela veut dire qu’il y a quand même un consensus minimal autour duquel tout le monde se retrouve. Mais, le problème n’est pas là. Il ne s’agit pas de réaffirmer des principes. Ces principes, on le sait, sous l’ancien régime comme sous le nôtre, ne sont pas mis en œuvre de la façon la plus parfaite. Si nous devons discuter, nous devons d’abord nous poser la question de savoir quels sont les obstacles à la mise en œuvre parfaite de ces principes. Et deuxièmement, quelles sont les stratégies que nous devons appliquer pour réussir cette mise en œuvre. Malheureusement, ce qu’on sait pour le moment des conclusions des Assises nationales ne va pas tellement dans cette direction. C’est peut-être une bonne chose qu’ils se soient réunis. Mais, on attendra de voir qu’est-ce que concrètement cela peut apporter au débat politique dans notre pays. Maintenant, la deuxième appréciation que je voudrais faire, c’est que notre problème ne doit pas être tellement de commenter ce que les autres ont fait. Nous avons quelque chose à faire. Nous avons aussi un bilan et une évaluation à faire. L’Alternance a eu lieu, il y a dix ans. Dix ans après où en est-on ? Il faudrait des Assises nationales de l’Alternance. Pour nous poser ces questions, faire le bilan de ce qui a été fait, identifier les forces et les faiblesses et mettre sur pied une stratégie. Pour nous, cette stratégie doit reposer sur deux principes. Premièrement, comment pérenniser les acquis et, deuxièmement, comment corriger les insuffisances. Pour qu’à l’horizon de 2012, nous ayons une perspective à proposer aux Sénégalais.
Avec ces Assises de l’Alternance, faisons le point avec tous les Sénégalais qui sont concernés. Pour faire en sorte que ce qui a commencé dans ce pays, cette rupture du 19 mars 2000, qui est une rupture positive, puisse s’inscrire dans la durée et être pérennisée. Nous ne voulons pas, nous ne serons jamais d’accord, sur un retour en arrière. Parce que le retour à l’ancien régime, c’est un recul. Un recul de notre pays sur le plan de la démocratie, des réalisations. Ce retour sera un recul, un échec pour tout le Sénégal. Il nous faut aller de l’avant et pérenniser l’Alternance. Mais, pour pérenniser l’Alternance, nous devons faire le point avec tous les Sénégalais. Et nous devons, avec tous les Sénégalais, être d’accord sur la manière de corriger tout ce qui, aujourd’hui, fait l’objet de dénonciations ou d’incompréhensions de la part des populations qui sont les principales actrices et les principales bénéficiaires de l’alternance.

Les élections locales du 22 mars dernier ont enregistré une percée de l’Opposition. Ne peut-on pas lier cela à ce que vous venez de dire ?

Mais oui, bien sûr. Les dernières élections municipales, régionales et rurales constituent le carton jaune. Nous pensons qu’en politique, il faut être lucide. Et qu’il ne faut pas mener la politique de l’autruche. Si on voit les résultats de ces élections et si on fait une petite extrapolation, on voit que s'il s'agissait d'élections législatives, nous les aurions gagnées grâce à la dose de scrutin majoritaire. Si c’était un référendum, nous l’aurions perdu. Si c’était une élection présidentielle, il y aurait eu ballottage au premier tour. Par conséquent, il faudrait bien qu’un diagnostic soit fait de cette situation. Et c’est dans cet esprit-là, effectivement, que nous proposons ces Assises de l’Alternance. Parce que d’ici 2012, il faut nécessairement faire le point avec tous les acteurs de l’Alternance, avec les Sénégalais de façon générale parce qu’ils sont tous acteurs de l’Alternance. Il faut faire le point, et il faut proposer une perspective convaincante et crédible. Ne pas le faire, c’est s’inscrire dans une logique de défaite. Et à ce propos, je voudrais dire que nous pouvons bien accepter d’aller avec nos alliés vers le naufrage. Cela ne nous pose pas de problèmes particuliers. Mais, il est de notre devoir d’alerter et de tirer la sonnette d’alarme parce que c’est cela notre conviction.

Au lendemain de ces élections locales, le président de la République, Me Abdoulaye Wade a eu à s’adresser aux Sénégalais. Et il était attendu que des changements soient opérés. Jusqu’à présent l’attente perdure. Comment expliquez-vous cela.

Je crois que tous les Sénégalais ont suivi ce discours. Mais moi, ce que j’observe, c’est que jusqu’ici les Sénégalais attendent et nous attendons avec eux, avec espoir.

Des députés membres du groupe parlementaire de la majorité n’ont pas caché leur hostilité vis-à-vis de l’inopportunité du projet de loi constitutionnelle instituant la vice-présidence. Votre lecture des positions adoptées par vos collègues de l’Opposition ?

Je n’ai pas de commentaire à faire sur les positions de mes collègues. Je crois que c’est un principe à la fois de discipline et de liberté. Et chacun choisit. Si, on est membre d’un groupe parlementaire en principe, on est soumis à une discipline. Mais, étant libre, chacun peut choisir à tel ou tel moment de se libérer de cette discipline et d’exprimer librement sa pensée. C’est une question d’appréciation souveraine du parlementaire.

Le maire de Dakar, M. Khalifa Ababacar Sall a choisi, pour faire dans la transparence, de procéder à la déclaration de son patrimoine à l’entame de son mandat. Êtes-vous pour la généralisation de la mesure à tous les gestionnaires de fonds publics ?

Je considère que personne jusqu’ici n’a fait une déclaration de patrimoine. Une déclaration de patrimoine, ce n’est pas une conférence de presse. Cela doit être un instrument juridique créé par la loi. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Donc, il y a eu une conférence de presse. Ceci dit, je pense que l’obligation faite aux élus, en tout cas aux titulaires de certaines responsabilités, de déclarer leur patrimoine est effectivement une exigence de transparence. Je pense que la législation devrait évoluer sur ce point. On devrait imposer une déclaration de patrimoine, disons aux ministres, aux maires et aux gérants de grandes sociétés publiques et parapubliques, etc. Je crois que cela ne peut que renforcer le souci d’une bonne gestion des ressources nationales. Mais, même en faisant cela, on ne règle le problème qu’à moitié. Car, au fond, c’est bien de connaître le patrimoine des individus. Mais, il est mieux de pouvoir les poursuivre au cas où... Et aujourd’hui, il y a un phénomène très vaste de double nationalité des responsables politiques gestionnaires des ressources nationales qui fait qu’il y a une impunité qui ne dit pas son nom. Il est déjà arrivé qu’un dirigeant d’une société publique ait échappé aux poursuites suite à des malversations financières en faisant jouer sa double nationalité. Donc, je crois qu’il faut non seulement la déclaration de patrimoine mais, il faudrait aussi imposer aux membres du gouvernement, aux députés, aux dirigeants des sociétés nationales, aux maires, aux présidents de conseil régional et rural, l’obligation d’avoir exclusivement la nationalité sénégalaise. Comme c’est déjà le cas pour le président de la République. Je crois que ces deux mesures-là doivent coexister et se compléter. L’une sans l’autre n’a aucun sens.

Le leadership au sein des partis politiques est mis à rude épreuve. À ce propos, on peut citer l’exemple des tiraillements au sein de And-Jëf entre Landing Savané et Mamadou Diop Decroix et du Rnd avec le Pr Madior Diouf et le Dr Dialo Diop Blondin. Quelle lecture en faites-vous ?

Sur les cas particuliers, je ne pourrais évidemment pas me prononcer. Mais, je peux dire que de toute façon, il y a un processus tout à fait naturel de renouvellement du leadership politique qui est en train de s’opérer. C’est ce que certains appellent l’alternance générationnelle aux commandes. Et effectivement, le Sénégal en est là. Aujourd’hui, les leaders politiques qui ont quarante ans, cinquante ans, qui ont accumulé une assez riche expérience politique, ont besoin de s’affirmer. Et c'est cela le principe de la succession de génération. Donc, je crois qu’aujourd’hui il y a une génération qui est interpellée par le fait qu’elle a plus en charge de transmettre son expérience que d’assumer les choses. Je crois que c’est cela qui, au fond, explique tous ces remous. Et par conséquent, bon, il faut laisser ces remous se développer. Et au bout du compte, je crois qu’on aura une recomposition positive de notre espace politique.

Que pensez-vous de certains partis de la mouvance présidentielle qui sont en train présentement de quitter le navire pour rejoindre l’opposition en ces temps de crise économique ?

Je ne veux critiquer personne. Toutefois, je peux quand même dire qu’en tout cas, nous au Mouvement populaire socialiste/Selal, nous ne mènerons jamais la politique des rats qui consiste à quitter le navire en cas de naufrage. Je vous ai dit que nous sommes un des membres fondateurs de cette mouvance présidentielle. Quelles que soient les dérives, les situations et les échecs que nous pouvons déplorer, nous pensons qu’il est de notre devoir d’assumer cette responsabilité-là et d’en rendre compte aussi demain au peuple sénégalais. Donc, c’est cela notre conviction. Par conséquent, nous restons dans nos positions de toujours, nous sommes dans la mouvance présidentielle avec le président Abdoulaye Wade. C’est un choix politique que nous avons fait. À chaque fois qu'il nous sera opportun de tirer la sonnette d’alarme ou d’attirer l’attention sur telle ou telle chose, nous le ferons. Malheureusement, tout ce qui se passe aujourd’hui ne contribue pas à une clarification du jeu politique et à un assainissement des mœurs politiques qui est une exigence fondamentale. Il est temps qu’on mette fin à cette politique du Dem Dikk (Ndlr : aller-retour). On est avec le président Abdoulaye Wade dès qu’il vous nomme ministre, on dit qu’il est le prophète. Il suffit qu’il vous dégomme et l’on dit qu’il est le diable. On choisit alors d’aller militer dans les rangs de l’opposition. Où sont les convictions dans tout cela ? Où est le programme ? Où est le projet politique ? Voilà des questions que nous posons ? Nous avons à incarner une façon de faire la politique qui met l’accent non pas sur des postes mais quand même sur un projet, sur un programme. Parce que la politique doit être cela. En tout cas, ce pays n’avancera pas tant que les hommes politiques qui mettent en œuvre des comportements aussi déplorables occuperont les devants de la scène politique.


Propos recueillis par
Diaw MBODJ (Quotidien Le Matin des vendredi 12 et samedi 13 juin 2009)