CONTRIBUTION
DES ASSISES SANS FONDEMENT
La « révolution intelligente » a avorté dimanche
Par respect pour nos compatriotes qui y ont pris part, ne disons pas que la montagne des Assises du Fss aura accouché d’une souris. Les organisateurs ont annoncé que l’accouchement attendu ce dimanche allait prendre encore six mois, ce qui a dû enchanter les gérants du Méridien-Président soucieux du taux d’occupation de leur réceptif. Patience donc. Pourtant, tout indique que la montagne n’accouchera de rien du tout.
Qui sont les animateurs de ces Assises ? On a insisté avec jubilation sur la présence de certaines ambassades étrangères. Un lapsus. La psychanalyse considère ce genre d’acte manqué comme particulièrement bavard. Quand la dissimulation devient trop pesante, on finit par dire ce que l’on cache. Gageons que dans les prochains mois d’autres actes seront posés qui en édifieront plus d’un sur les enjeux occultés de la frénésie des opposants et notamment sur l’envie de certains intérêts privés étrangers de redevenir aussi confortables au Sénégal qu’ils l’ont été dans le passé.
Dans le schéma institutionnel retenu, nous aurons reconnu l’empreinte de certains cadres politiques dont la plupart se réclament aujourd’hui de la société civile et qu’une analyse biaisée des réalités du Sénégal post-alternance a contraint au désoeuvrement organisationnel. A ce propos, le principe de participation citoyenne qui a été fortement mis en exergue dans certains discours du dimanche ne nous fait guère rêver. Les termes de référence adoptés le nuancent fortement (« autant que possible », écrit-on) au nom de « contraintes temporelles et financières ». C’était pourtant la seule bonne idée dans tout çà…
On ne reprochera pas à des structures syndicales ou associatives de profiter d’une tribune gratuite pour populariser leurs plates-formes revendicatives. Leur présence aurait été politiquement significative si elles n’étaient pas engagées, dans le même temps, dans des cadres de négociation ou de concertation avec le gouvernement en place.
Se sont aussi fait remarquer divers porteurs de griefs particuliers.
En somme, il n’y a guère de raisons de dramatiser. Après tout, nous sommes en démocratie et chacun est libre de se fourvoyer. Reconnaissons cependant que nos propres maladresses et nos insuffisances en matière de concertation ont dû contribuer à ce fourvoiement manifeste.
Une parodie de l’Arche de Noé
L’événement notable de ce dimanche est que l’équipe de réserve de l’opposition vient officiellement de descendre sur le terrain. Des brebis et des loups, des scouts en mal de bonnes actions, des politiciens amortis depuis le siècle dernier, des ambassadeurs sans lettres de créance, des retraités en position de reprise de service, des condottieri en rupture de ban, des anciens ceci ou cela, pour tout dire les générations successives de dirigeants de l’ancien régime quittent ainsi leurs confortables tribunes pour prêter main-forte aux naufragés de mars 2000 et février 2007. Le spectacle promet. On rira jusqu’à Noël de cette parodie de l’Arche de Noé.
Pour l’heure, les discours de dimanche révèlent les premières fissures. D’abord, le président Mbow a clairement précisé qu’il avait été mobilisé par la société civile et qu’il reconnaissait sans restriction la légitimité du Président de
On comprend mieux désormais les propos de certains membres de la société civile selon qui le pilotage des Assises auraient été « arraché », en cours de route, aux initiateurs que sont les partis d’opposition. Quoi qu’il en soit, la « révolution intelligente pour faire partir Wade », annoncée par certaines composantes du Fss en décembre 2007, commence très mal, nos révolutionnaires de salon s’étant montré incapables de faire partager cette idée fixe par leurs alliés.
A la réflexion, la déclaration de M. Dieng signifie l’avortement de ces Assises. En effet, si celles-ci ne peuvent même pas « ligoter » leurs principaux initiateurs, comment pourrait-elles lier l’écrasante majorité des Sénégalais qui ont eu la clairvoyance de s’en absenter ?
Il s’y ajoute que les termes de référence adoptés engagent les participants à « accepter les conclusions consensuelles» et à les appliquer. Le traitement par Fss du premier acte des ces Assises – la reconnaissance publique et officielle par son propre président de la légitimité des institutions en place – pose donc un grand problème. Y a-t-il consensus sur cette question déterminante ? Ou plutôt une divergence évidente ? Est-il possible de dire oui à l’ordre constitutionnel à l’intérieur du Méridien-Président et non en dehors ? Le grand écart qui commence ajoutera sans doute du piment au spectacle.
La « révolution intelligente » ayant avorté, que reste-t-il des objectifs de ces Assises ? Selon les termes de référence, il s’agit de « concevoir les mécanismes d’un dialogue périodique et pérenne entre, d’une part, le pouvoir et l’opposition et, d’autre part, le pouvoir et les partenaires sociaux ». Mais comment y arriver sans le pouvoir ?
Si les « Assis » prenaient au sérieux cet objectif, ils consacreraient leurs travaux à convaincre leurs amis de Fss de reconnaître en toute sportivité la légitimité de nos institutions et de supprimer ainsi le seul obstacle connu au dialogue politique. Quant au dialogue social, il se vit au quotidien, malgré quelques imperfections. A défaut, il ne leur resterait plus qu’à se lever pour aller méditer les sages conseils du Maodo qui les avait tôt averti de l’inopportunité de leur entreprise solitaire.
Mamadou Bamba NDIAYE
Député à l’Assemblée nationale
Secrétaire Général de Mps/Selal

