DEPUTE MAMADOU BAMBA NDIAYE, LEADER DU MOUVEMENT POPULAIRE SOCIALISTE/SELAL
«Après dix ans au pouvoir, des Assises nationales de l’Alternance s’imposent »
Le patron du Mouvement populaire socialiste/Selal Mamadou Bamba Ndiaye est député membre du groupe parlementaire de la majorité. Dans la première partie de l’interview qu’il a bien voulu nous accorder, l’ancien camarade du Président Mamadou Dia au Mouvement pour l’unité et le socialisme (Msu) nous livre son point de vue sur l’état des relations entre son parti et celui du Parti démocratique sénégalais (Pds, au pouvoir). Acteur de l’Alternance, notre interlocuteur tire également la sonnette d’alarme à propos des incohérences notées au sein de la mouvance présidentielle tout en demandant, à l’image des Assises nationales, la tenue des Assises nationales de l’Alternance pour mieux préparer l’horizon 2012.
Le Matin : Le Mouvement populaire socialiste/Selal fait partie de la mouvance présidentielle. Quel est l’état actuel de vos relations ?
Mamadou Bamba Ndiaye : Vous savez, depuis quelques années maintenant, la mouvance présidentielle évolue un peu dans l’informel, il faut le dire. Ce sont les différents partis qui la composent qui s’assument par rapport à leurs convictions. En tout cas, nous, c’est notre cas. Donc, nous défendons les positions qui nous semblent les plus justes. Mais, malheureusement il n’y a pas de cadre d’organisation. Il n’y a pas de concertation. Il n’y a pas une bonne circulation de l’information, à plus forte raison un travail organisé en commun, une évaluation des différentes étapes et tout cela. C’est vrai que des efforts sont faits dans le cadre de
Peut-on s’attendre un jour à une fusion entre votre parti, le Mouvement populaire socialiste/Selal et le Parti démocratique sénégalais ?
Cette question s'apparente un peu à un serpent de mer. C’est l’histoire du monstre de Loch-ness qui apparaît dans les périodes d’incertitude. Et après, on n’en entend plus parler. Maintenant, les choses telles qu'elles sont aujourd’hui, c’est que notre parti est autonome et souverain. Il s’active librement dans la mouvance présidentielle non pas comme des invités venus à l’heure du souper mais comme membre fondateur, déjà, depuis
Nous n’attendons pas beaucoup bouger les partis membres de
Je crois qu’on ne peut pas reprocher cela à
En tant que membre de
Ce que je peux vous dire, c’est que depuis 2005 nous disons ce que je viens de vous répéter.
Le rapport des Assises nationales a été rendu public récemment. Votre point de vue sur la question ?
En fait, c’est
Avec ces Assises de l’Alternance, faisons le point avec tous les Sénégalais qui sont concernés. Pour faire en sorte que ce qui a commencé dans ce pays, cette rupture du 19 mars 2000, qui est une rupture positive, puisse s’inscrire dans la durée et être pérennisée. Nous ne voulons pas, nous ne serons jamais d’accord, sur un retour en arrière. Parce que le retour à l’ancien régime, c’est un recul. Un recul de notre pays sur le plan de la démocratie, des réalisations. Ce retour sera un recul, un échec pour tout le Sénégal. Il nous faut aller de l’avant et pérenniser l’Alternance. Mais, pour pérenniser l’Alternance, nous devons faire le point avec tous les Sénégalais. Et nous devons, avec tous les Sénégalais, être d’accord sur la manière de corriger tout ce qui, aujourd’hui, fait l’objet de dénonciations ou d’incompréhensions de la part des populations qui sont les principales actrices et les principales bénéficiaires de l’alternance.
Les élections locales du 22 mars dernier ont enregistré une percée de l’Opposition. Ne peut-on pas lier cela à ce que vous venez de dire ?
Mais oui, bien sûr. Les dernières élections municipales, régionales et rurales constituent le carton jaune. Nous pensons qu’en politique, il faut être lucide. Et qu’il ne faut pas mener la politique de l’autruche. Si on voit les résultats de ces élections et si on fait une petite extrapolation, on voit que s'il s'agissait d'élections législatives, nous les aurions gagnées grâce à la dose de scrutin majoritaire. Si c’était un référendum, nous l’aurions perdu. Si c’était une élection présidentielle, il y aurait eu ballottage au premier tour. Par conséquent, il faudrait bien qu’un diagnostic soit fait de cette situation. Et c’est dans cet esprit-là, effectivement, que nous proposons ces Assises de l’Alternance. Parce que d’ici 2012, il faut nécessairement faire le point avec tous les acteurs de l’Alternance, avec les Sénégalais de façon générale parce qu’ils sont tous acteurs de l’Alternance. Il faut faire le point, et il faut proposer une perspective convaincante et crédible. Ne pas le faire, c’est s’inscrire dans une logique de défaite. Et à ce propos, je voudrais dire que nous pouvons bien accepter d’aller avec nos alliés vers le naufrage. Cela ne nous pose pas de problèmes particuliers. Mais, il est de notre devoir d’alerter et de tirer la sonnette d’alarme parce que c’est cela notre conviction.
Au lendemain de ces élections locales, le président de
Je crois que tous les Sénégalais ont suivi ce discours. Mais moi, ce que j’observe, c’est que jusqu’ici les Sénégalais attendent et nous attendons avec eux, avec espoir.
Des députés membres du groupe parlementaire de la majorité n’ont pas caché leur hostilité vis-à-vis de l’inopportunité du projet de loi constitutionnelle instituant la vice-présidence. Votre lecture des positions adoptées par vos collègues de l’Opposition ?
Je n’ai pas de commentaire à faire sur les positions de mes collègues. Je crois que c’est un principe à la fois de discipline et de liberté. Et chacun choisit. Si, on est membre d’un groupe parlementaire en principe, on est soumis à une discipline. Mais, étant libre, chacun peut choisir à tel ou tel moment de se libérer de cette discipline et d’exprimer librement sa pensée. C’est une question d’appréciation souveraine du parlementaire.
Le maire de Dakar, M. Khalifa Ababacar Sall a choisi, pour faire dans la transparence, de procéder à la déclaration de son patrimoine à l’entame de son mandat. Êtes-vous pour la généralisation de la mesure à tous les gestionnaires de fonds publics ?
Je considère que personne jusqu’ici n’a fait une déclaration de patrimoine. Une déclaration de patrimoine, ce n’est pas une conférence de presse. Cela doit être un instrument juridique créé par la loi. Ce qui n’est pas le cas actuellement. Donc, il y a eu une conférence de presse. Ceci dit, je pense que l’obligation faite aux élus, en tout cas aux titulaires de certaines responsabilités, de déclarer leur patrimoine est effectivement une exigence de transparence. Je pense que la législation devrait évoluer sur ce point. On devrait imposer une déclaration de patrimoine, disons aux ministres, aux maires et aux gérants de grandes sociétés publiques et parapubliques, etc. Je crois que cela ne peut que renforcer le souci d’une bonne gestion des ressources nationales. Mais, même en faisant cela, on ne règle le problème qu’à moitié. Car, au fond, c’est bien de connaître le patrimoine des individus. Mais, il est mieux de pouvoir les poursuivre au cas où... Et aujourd’hui, il y a un phénomène très vaste de double nationalité des responsables politiques gestionnaires des ressources nationales qui fait qu’il y a une impunité qui ne dit pas son nom. Il est déjà arrivé qu’un dirigeant d’une société publique ait échappé aux poursuites suite à des malversations financières en faisant jouer sa double nationalité. Donc, je crois qu’il faut non seulement la déclaration de patrimoine mais, il faudrait aussi imposer aux membres du gouvernement, aux députés, aux dirigeants des sociétés nationales, aux maires, aux présidents de conseil régional et rural, l’obligation d’avoir exclusivement la nationalité sénégalaise. Comme c’est déjà le cas pour le président de
Le leadership au sein des partis politiques est mis à rude épreuve. À ce propos, on peut citer l’exemple des tiraillements au sein de And-Jëf entre Landing Savané et Mamadou Diop Decroix et du Rnd avec le Pr Madior Diouf et le Dr Dialo Diop Blondin. Quelle lecture en faites-vous ?
Sur les cas particuliers, je ne pourrais évidemment pas me prononcer. Mais, je peux dire que de toute façon, il y a un processus tout à fait naturel de renouvellement du leadership politique qui est en train de s’opérer. C’est ce que certains appellent l’alternance générationnelle aux commandes. Et effectivement, le Sénégal en est là. Aujourd’hui, les leaders politiques qui ont quarante ans, cinquante ans, qui ont accumulé une assez riche expérience politique, ont besoin de s’affirmer. Et c'est cela le principe de la succession de génération. Donc, je crois qu’aujourd’hui il y a une génération qui est interpellée par le fait qu’elle a plus en charge de transmettre son expérience que d’assumer les choses. Je crois que c’est cela qui, au fond, explique tous ces remous. Et par conséquent, bon, il faut laisser ces remous se développer. Et au bout du compte, je crois qu’on aura une recomposition positive de notre espace politique.
Que pensez-vous de certains partis de la mouvance présidentielle qui sont en train présentement de quitter le navire pour rejoindre l’opposition en ces temps de crise économique ?
Je ne veux critiquer personne. Toutefois, je peux quand même dire qu’en tout cas, nous au Mouvement populaire socialiste/Selal, nous ne mènerons jamais la politique des rats qui consiste à quitter le navire en cas de naufrage. Je vous ai dit que nous sommes un des membres fondateurs de cette mouvance présidentielle. Quelles que soient les dérives, les situations et les échecs que nous pouvons déplorer, nous pensons qu’il est de notre devoir d’assumer cette responsabilité-là et d’en rendre compte aussi demain au peuple sénégalais. Donc, c’est cela notre conviction. Par conséquent, nous restons dans nos positions de toujours, nous sommes dans la mouvance présidentielle avec le président Abdoulaye Wade. C’est un choix politique que nous avons fait. À chaque fois qu'il nous sera opportun de tirer la sonnette d’alarme ou d’attirer l’attention sur telle ou telle chose, nous le ferons. Malheureusement, tout ce qui se passe aujourd’hui ne contribue pas à une clarification du jeu politique et à un assainissement des mœurs politiques qui est une exigence fondamentale. Il est temps qu’on mette fin à cette politique du Dem Dikk (Ndlr : aller-retour). On est avec le président Abdoulaye Wade dès qu’il vous nomme ministre, on dit qu’il est le prophète. Il suffit qu’il vous dégomme et l’on dit qu’il est le diable. On choisit alors d’aller militer dans les rangs de l’opposition. Où sont les convictions dans tout cela ? Où est le programme ? Où est le projet politique ? Voilà des questions que nous posons ? Nous avons à incarner une façon de faire la politique qui met l’accent non pas sur des postes mais quand même sur un projet, sur un programme. Parce que la politique doit être cela. En tout cas, ce pays n’avancera pas tant que les hommes politiques qui mettent en œuvre des comportements aussi déplorables occuperont les devants de la scène politique.
Propos recueillis par
Diaw MBODJ (Quotidien Le Matin des vendredi 12 et samedi 13 juin 2009)
dimanche 14 juin 2009
Des Assises nationales de l’Alternance s’imposent
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